coup de coeur janvier 2017

 

Découvrez ou redécouvrez ce très bel ouvrage de Victor Sion, o.c.d. (1909-1990), La grâce de l'instant présent : la chance du chrétien. ( Nouan-le-Fuzelier : Edb , 2007)

Ce livre est lui-même la réédition de l'ouvrage intitulé Pour un réalisme spirituel, titre général publié à l'origine pr Victor Sion en 4 fascicules intitulés : 1. L'instant présent ; 2. Le mouvement d'abandon ; 3. La chance du pécheur ; 4. Prendre Marie chez soi. Ils forment à eux quatre ce que Jean Husson, préfacier de la première édition, nommait des «points de repère qui jalonnent le voyage intérieur ».Ce classique de la littérature spirituelle a été réédité en 2007 et préfacé par Monseigneur Guy Gaucher.

1. L'instant présent.

 

La première partie du livre, qui correspond au premier opuscule de la première édition, aborde le sujet de la grâce de l'instant présent. L'auteur trouve des traces de cette intuition dans la conception païenne, telle qu'Horace l'a résumée dans la fameuse formule latine du « Carpe diem ». Invitant à jouir de chaque moment présent, cette attitude se distingue de la conception chrétienne de l'instant présent.

Celle-ci, développée à partir du discours sur la montagne (Mt 6,34) « N'ayez point souci du lendemain, le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine », nous est donnée pour nous rendre libres du passé comme de l'avenir.


Dès lors, le programme de la vie chrétienne, nous dit l'auteur, peut se définir dans le fait de « remplir parfaitement et avec amour chaque instant qui passe ».

L'auteur se livre ensuite à une analyse de l'instant présent : sa définition, les exigences que suppose cette attention, la fécondité qu'elle recèle pour nous aider à vivre la souffrance comme la communion aux autres. Il poursuit son analyse par un chapitre intitulé : « Comment vivre l'instant présent ? », au cours duquel il donne quelques conseils spirituels nous permettant de vivre le temps qui nous est donné comme une « éternité commencée ». Cette première partie se termine avec quelques mots de la « petite Thérèse » :

              « Celui qui a l'instant présent a Dieu...
                Et qui donc a l'instant présent a tout...
                 L'instant présent suffit...
                 Que rien ne te trouble... »

2. Le mouvement d'abandon

 La seconde partie du livre se propose de définir et d'appréhender les mécanismes profonds, les conditions et les fruits du mouvement d'abandon. L'auteur nous explique qu'il nous faut nous délivrer du mouvement de repli sur nous-mêmes. Prenant comme exemple le modèle filial christique qui s'abandonne totalement à la volonté de son Père, il traverse celui de la Vierge Marie et de saint Joseph, mis en lumière notamment lors de l'épisode de Jésus et les docteurs.

 C'est ainsi, en quittant les limites de notre « moi », analyse V.Sion, que l'on peut « avancer vers le large ».

L'auteur retrouve dans le sentiment de la peur- qu'elle soit individuelle ou collective- les traces du péché originel. Ce « complexe de culpabilité » se déploie dans l'âme humaine selon différentes formes : à l'échelon individuel, il génère le soupçon contre Dieu ou les autres ; à l'échelon collectif, il produit les faux remèdes contre la peur que sont la consommation effrénée, l'érotisme, la vitesse ou l'agitation. De ce « complexe de culpabilité », seul le Christ peut nous libérer.

V.Sion expose ensuite les 7 prières d'abandon de Jésus, et met en lumière l'action de l'Esprit Saint au cœur de notre quotidien pour nous rendre « pauvres », c'est-à-dire orientés vers Dieu. Cette pauvreté est définie comme « point zéro », anéantissement du « moi », condition de l'amour fécond : les modèles de saint Jean-Baptiste et d’Élie, deux hommes du désert, sont évoqués. C'est ainsi que pour retrouver notre destinée divine, il nous faut suivre l' « itinéraire de la poussière » : ce chemin nous ouvre à l'espérance et à la contemplation. L'auteur termine par une belle prière d'abandon, métaphorisée par la brisure du vase de Marie-Madeleine aux pieds du Christ.

3. La Chance du pécheur

L'exposé se poursuit par une réflexion sur l'infinie miséricorde divine. V.Sion explique que le pardon de Dieu nous précède, et que c'est en pardonnant nos fautes que Dieu se fait le mieux connaître de nous et qu'Il nous délivre du sentiment de culpabilité. Jésus est notre Avocat auprès du Père.

La foi en Jésus ressuscité nous donne ainsi  une "conscience nouvelle", libérée. Elle est notre véritable conscience et nous permet de vivre en présence de Dieu. Il convient donc de vivre au centre de gravité de notre conscience dans la "voie de l'amour", et éviter ainsi l'idolâtrie de soi-même et le piège du narcissisme, en regardant le Père. Cette conversion du coeur nous fait redevenir petit enfant, nous savoir aimés, chéris, pardonnés. Ainsi, tout Chrétien est un pécheur qui se sait pardonné.

L'auteur nous explique que la présence de l'Esprit Saint en nous nous offre un mode d'existence divine, réalisant la parole que st Jean rapporte dans l'Evangile: "[Celui qui croit en moi] est déjà passé de la mort à la vie." Nous pouvons ainsi passer d'une simple conscience psychique ("je superficiel") au coeur même de l'Être, au "je profond", qui ne peut être atteint par la seule conscience psychique. Cette spiritualisation nous révèle le mouvement d'amour trinitaire par le Christ et se manifeste par un accroissement d'amour et une purification du coeur.

Il nous faut donc, ajoute V.Sion, accueillir Jésus chez nous, comme Zachée. C'est ainsi que nous pourrons réaliser la Béatitude: "Heureux les coeurs purs, ils verront Dieu".

4. Prendre Marie chez soi
V.Sion nous invite à retrouver cette expression, citée deux fois  dans l’Évangile : la première, lorsque  l’ange apparaît à Joseph (Annonce à Joseph, Mt 1, 18-23) et lui dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » ; la seconde, alors que Jésus, sur la croix, dit à Jean : « Voici ta mère », il est écrit : « à partir de cette heure, le disciple la prit chez lui».
Cette expression dit bien plus qu’un simple transfert individuel: il s’agit réellement de prendre Marie comme modèle. Si Marie est une femme « comme toutes les femmes », elle est également préservée du péché, Mère du Sauveur et mère de tous les hommes. Co-rédemptrice avec Jésus, elle est présente en nous et pour nous. Le mystère de Marie s’accomplit lorsque l’on comprend  qu’elle est épouse de Dieu et épouse de l’Esprit. C'est cette qualité d'épouse qui permet  l’accomplissement du mystère d’enfantement virginal. Le Père engendre ainsi mystérieusement le Fils par l’Esprit dont la mission est de concevoir en la Vierge. La Vierge reflète donc parfaitement l’amour du Père : totalement mère de Dieu, elle est entièrement épouse de Dieu : elle est celle qui correspond de tout son être à l’amour du Père envers son Engendré. Avec Marie, nous pouvons vivre de l’unité des trois personnes divines en contemplant leur amour.


Marie est également, nous dit l'auteur,  le lieu de révélation du Dieu Amour, et permet à l’homme de rencontrer cette réalité divine.  Joseph lui-même a contemplé le mystère de Marie son épouse. Nous sommes appelés à contempler Dieu en Marie, à la prendre chez nous, également, pour entrer dans ce grand mystère d’amour. Bien plus, Marie, mère de Jésus, a été appelée à jouer le rôle de l'Esprit Saint dans la manifestation de Dieu au monde. Par la grâce de sa conception immaculée, elle a reçu cet état de pure transparence.


La plénitude de l'image de Dieu "homme et femme" s'accomplit lors de la crucifixion de Jésus. Marie, restant sur terre, engendre alors les enfants du Père, image de l’Église. Elle met au monde ces Fils adoptifs encore aujourd'hui, dans ce temps de l’Église, manifestant ainsi l'amour maternel du Père. Prendre Marie chez soi, c'est donc accueillir le Fils en nous et le laisser vivre son mystère filial ds notre propre vie. La pure transparence de cet accueil nous est offert en Marie.
Le mystère de Marie nous entraîne à la fois ds le secret de la vie trinitaire et ds l'accomplissement universel de l'humanité destinée à être ce Fils engendré et aimé du Père. Ainsi le mystère trinitaire et le salut du monde apparaissent-ils, grâce à Marie et à son Fils, dans leur unité.

L'auteur passe ensuite en revue les épreuves et les joies de l'existence de Marie: épreuves de la peur et de la foi dès l'Annonciation, épreuve du silence, épreuves de Marie lors des trois âges de Jésus: Présentation au temple, Jésus au Temple à douze ans, vie publique de Jésus; épreuves de Marie à la croix (épreuve de foi, d'espérance et d'amour) qui la haussent à l'épreuve de l'amour, épreuve même du mystère de Dieu.
C'est grâce à cette fidélité, nous dit l'auteur, que Marie est en communion constante avec Jésus. C'est cette même fidélité qui la fait passer de mère à disciple, par une série d'arrachements qui, lorsque nous les contemplons, nous aident à comprendre la nécessité de nos propres arrachements, dans une dynamique de l' humain au surnaturel.
Le renoncement de Marie, écho de celui de Jésus, a été total. L'auteur parle du long martyre du cœur de Marie, prophétisé par Siméon et se déployant dans l'ensemble de sa vie. Le sommet de ce martyre se situe bien sûr au pied de la croix. Abandonnée à ce que vit son Fils, par sa compassion, elle a enduré les souffrances de Jésus dans son corps et dans son âme. Elle est de nouveau en état d'enfantement, parce que son Fils enfante dans la souffrance le monde pour Dieu. Elle est donc co-rédemptrice du monde et reçoit la maternité de la multitude.


Marie est maintenant "dans le sein du Père", au cœur de la Trinité, et nous aide, en nous donnant des grâces continuelles, à sentir sa présence.
L'auteur termine par une analyse et un éloge de la simplicité de Marie: simplicité dans le silence, de même que st Joseph; simplicité dans la douceur de la Sainte Famille; simplicité dans la douceur du cœur; simplicité dans la pureté (l'Annonciation); simplicité dans le foi (Visitation); simplicité dans la joie (Magnificat); simplicité dans la sainteté (Présentation au Temple). L'auteur nous invite, dès lors, à vivre la simplicité comme Marie, et à la prendre chez nous.

 

Victor Sion est entré au Couvent des Carmes en 1931 et a été ordonné prêtre en 1936. Maître des novices pendant 26 ans, toute sa vie est empreinte de la spiritualité de la « petite Thérèse ». Céline, sœur de Thérèse (de son nom de religion Sœur Geneviève de la Sainte Face), dira au Père Sion, après avoir pris connaissance de cet ouvrage : « Vous êtes un vrai disciple de ma petite sœur ».