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Pour vivre ce temps de Noël si cher à Thérèse, nous vous proposons de découvir l'exposé de Claude Langlois, ancien Directeur d'études de la section Sciences religieuses à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE) intitulé : Thérèse de l’Enfant Jésus, écrivain et metteur en scène : les représentations théâtrales de Noël au carmel de Lisieux (1894-1895). Cette communication a été réalisée dans le cadre du colloque « La Nativité et le temps de Noël » (Aix, décembre 2000) pour les périodes moderne et contemporaine. Les 16 communications ont donné lieu à un ouvrage que vous pouvez trouver en ligne (cliquez ici).

L'auteur souligne l'importance de la fête de Noël dans l'itinéraire spirituel de Thérèse de l'Enfant Jésus et du Carmel en général. Les festivités liées à ce temps liturgique offraient en effet l'occasion de composer de petites pièces théâtrales, nommées « Récréations pieuses » (RP), qui s'inscrivent dans la tradition du théâtre conventuel, puisqu'elles existaient déjà du temps de sainte Thérèse d'Avila et prolongeaient la tradition du genre théâtral des « mystères ». Elles étaient jouées par les novices.


Pour Thérèse, la fête de Noël revêt une très grande importance. Deux Noëls l'ont en effet particulièrement marquée, avant son entrée au Carmel : celui de 1886, traditionnellement connu sous le nom de « Conversion de Noël » , alors qu'elle avait quatorze ans (Ms A) et celui de 1887, qui lui apporte, à quelques jours près, l'autorisation épiscopale d'entrer au Carmel avant l'âge.
Dès 1894, Thérèse devient écrivain pour sa communauté et écrit des poésies et des Récréations pieuses jusqu'à la fin de sa courte vie. Elle écrira 8 Récréations pieuses, dont 3 appartiennent au cycle de Noël : Les Anges à la crèche (RP2, jouée à Noël 1894), Le divin petit mendiant de Noël (RP 5, jouée en 1895) et La Fuite en Égypte (jouée le 21 janvier 1896 pour la fête de la Prieure).


Parmi ces trois pièces, l'auteur s'intéresse plus particulièrement à la première, Les Anges à la crèche. Il l'analyse d'abord selon un point de vue dramatique:elle est construite comme une opérette, mêlant parties parlées et chantées. Elle comprend 6 personnages (5 anges et l'Enfant Jésus), et se compose de deux actes et 5 scènes. Pièce sans intrigue véritable, elle offre l'occasion à Thérèse de méditer sur le destin à venir de l'Enfant Jésus et de développer les thèmes qui lui sont chers et qui vont constituer la future « petite voie » thérésienne : la prise de distance par rapport à l'image du Dieu vengeur (le personnage de l'ange du Jugement dernier est écarté par l'Enfant Jésus), mais également la contemplation cachée de Jésus, la dignité du sacerdoce et l'insondable miséricorde divine. Ces thèmes sont développés grâce aux différents personnages, dont celui de l'Enfant Jésus qui prend la parole lui-même.

C'est donc grâce à la pauvreté narrative et dramatique de la pièce que cette pièce a permis à Thérèse d'exprimer ses sentiments ; ce théâtre conventuel a donc joué un rôle important dans l'itinéraire de Thérèse, qui aboutira à la rédaction du Manuscrit A, « son principal chef-d’œuvre », affirme Claude Langlois.