Chaque semaine, une carmélite nous partage comment elle vit un texte de Thérèse.

« Je chante ce que je veux croire. » (Parole de Thérèse rapportée par sr Marie de la Trinité au Procès de Béatification)

DSC_0243_530x800Au début de la vie spirituelle, on vit souvent sa foi dans le sensible, puis tout ça se tasse et vient un moment où on ne « sent » plus rien. Avec le temps, je me suis rendu compte que la foi n’est pas simplement quelque chose qu’on reçoit. C’est aussi une réponse et  une décision. Thérèse écrit bien : je chante ce que je veux croire. La foi commence quand je ne vois plus rien, quand je ne comprends plus rien, quand c’est le brouillard, la nuit : à ce moment-là je suis ramenée véritablement à la foi. Saint Paul  dit : « Mais c'est en espérance que nous sommes sauvés. Or, voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer : car ce qu'on voit, pourquoi l'espérer encore? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec patience. » (Rm8, 24-25) Si vous avez des grâces sensibles, tant mieux ! mais ce n’est pas ce qui est important. Ce qui compte n’est pas ce qu’on sent, mais de croire que Dieu est là. Il y a un moment où il faut décider de croire, et tout l’acte de foi réside dans cette décision, voilà ce que j'ai découvert au bout de quelques années.

Comment cela se vit-il dans le quotidien ? Dans le quotidien, c’est presque à chaque instant qu’on est amené à décider, à choisir : est-ce que je choisis la rencontre avec ma sœur ou est-ce que je choisis de rester encapuchonnée pour ne pas être dérangée ? Est-ce que je vais à l’oraison, alors que juste à ce moment-là se présente autre chose à faire ? Ou au contraire, il y a une sœur qui me dérange à l’heure de la prière, est-ce que je donne la priorité à la règle ou à la charité ? C’est tous les jours, tout le temps ces choix-là ! Des difficultés dans ma foi, des difficultés familiales, au travail : comment je réagis, comment je vais porter ça ?Est-ce que je vais accepter de les accueillir en présence de Dieu ou est-ce que je vais essayer de me débrouiller par moi-même ? La foi est une manière de vivre le quotidien.

Plus profondément, il y a un moment où radicalement on est appelé à décider. Je pense à des gens qui vivent en couple, un jour ils ont à faire le deuil du conjoint rêvé pour avoir en face d’eux le conjoint réel et ensuite, ils ont à décider tous les matins de dire oui à ce conjoint tel qu’il est avec ses défauts, ses limites, ses qualités aussi. C’est décider de construire cet amour, de le mettre au premier plan. Avec Dieu c’est pareil, c’est décider de ne pas lâcher ce sur quoi on a fondé sa vie, parce que si on ne le décide pas, alors s’installent des petits non qui deviennent progressivement une tiédeur qui n’est pas une absence de Dieu mais une absence de nous-mêmes. Au quotidien la décision de croire repose sur les décisions de croire précédentes qui sont toujours à renouveler.

DSC_0662_800x530De petits actes de foi en petits actes de foi notre foi se construit, c’est vraiment le terme, elle se consolide, et comme dans la parabole de la maison construite sur le roc, elle est moins fragile aux à-coups. Dans la vie il y a des à-coups, des souffrances familiales, des moments de déprime, de tristesse, et bien on les traverse beaucoup plus facilement quand notre vie est vraiment ancrée très profondément dans la foi choisie au quotidien.

L’apport d’un chrétien un peu confirmé par rapport à un nouveau converti, ce n’est pas de faire croire au nouveau converti que sa vie va être rose mais c’est, au moment où il va se rendre compte que le fait d’être chrétien n’enlève pas tous les problèmes de la vie, de lui témoigner que d’autres ont passé, que d’autres ont traversé, que lui aussi va pouvoir traverser, que le Seigneur sera là. Nous sommes des témoins de ces passages réussis de l’autre côté du gouffre où le Seigneur a été présent.

Je crois que si j’aime cette phrase de Thérèse, c’est pour moi mais aussi en pensant à tous ces gens qui vivent des choses humainement impossibles. Je pense à Anne-Dauphine Julliand (auteur du livre Les petits pas dans le sable mouillé) qui dit, quand elle apprend que sa petite fille est malade, « tu ne vas pas avoir une longue vie mais on va ajouter de la vie à tes jours ». Je crois qu’ancrer sa foi dans « je chante ce que je veux croire », c’est ça. C’est donner à Dieu la capacité de faire grandir la vie en nous, à travers toutes nos épreuves, toutes nos joies.

Une soeur carmélite

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