Chaque semaine, une carmélite nous partage comment elle vit un texte de Thérèse.

« Vivre d’amour ce n’est pas sur la terre fixer sa tente au sommet du Thabor, avec Jésus, c’est gravir le calvaire, c’est regarder la croix comme un trésor. » (PN17)

DSC_0163_530x800Donner sa vie à Jésus (et ce n’est pas réservé aux carmélites !), c'est participer à son mystère pascal. Le oui à Jésus emmène sur des chemins où on rencontre la croix. Il n’y a pas de vie chrétienne sans qu'à un moment ou un autre, on ne porte pas un petit bout de la croix de Jésus. Ca peut être une croix personnelle, ça peut être de vivre plus intensément des souffrances du monde.

Je me souviendrai toujours de ma première année au carmel où la nuit, je vivais vraiment une prière avec les gens qui étaient en détresse, avec ceux  qui étaient dans les hôpitaux, qui ne pouvaient pas dormir, et ça me passait vraiment dans les tripes.Quand notre cœur s’ouvre à Dieu, il y a comme un retentissement en nous des souffrances du monde.

Je crois que cette manière de porter la croix est inscrite dans l’Ordre du Carmel ça, dans la prière carmélitaine. Thérèse d’Avila a réformé le carmel pour sauver les âmes. C’est ce qui l’a amenée à offrir sa vie jusqu’au bout. Elle a choisi un chemin de prière et de pauvreté radical pour porter le monde, et on retrouve la même inspiration chez Thérèse de Lisieux, c’est vraiment très carmélitain.

Toute souffrance qui atteint l’homme m’atteint moi et elle m’atteint tellement profondément que je participe à la croix du Christ. Comment vivre que des pays soient en guerre et que moi je vais me disputer avec une sœur ? Je ne peux pas ne pas faire le lien. Il y a de la violence quelque part et moi j’ai de la violence en moi. Oh  il n’y a pas d’arme, pas de sang mais quelque part je particcette violence dans le monde. L’amour de Jésus fait que tout ça prend une ampleur très grande, et grandit en moile désir de faire tout monpossible pour porter cette croix avec Jésus.

9b1f45a1Regarder la croix comme un trésor, c’est ne pas chercher à y échapper. Bien sûr, c’est un chemin de toute une vie. Je voudrais donner sa vie jusqu’au martyre mais il suffit que j'ai un petit peu mal pour baisser les bras… Ces petites souffrances, on peut les supporter assez facilement mais il faut aller plus profond que ça : il y a une manière de vivre ces petites souffrances qui est une adhésion à quelque chose de beaucoup plus grand que nous. Cette petite souffrance peut nous amener à nous réintérioriser, à nous remettre face à Dieu et à penser à tous ces gens qui souffrent, non pas pour dévaloriser la souffrance qu’on vit, mais pour nous remettre en mémoire d’autres souffrances, penser à ce monde d’aujourd’hui où des gens en France n’ont pas entendu parler du nom de Jésus. C’est quelque chose ! Dieu a les bras ouvert, Dieu attend et on ne répond pas, moi je ne peux pas ne pas m’associer à cette souffrance de Dieu qui attend.

Quelqu'un de ma famille s’est suicidé. Quelques temps après sa sœur, qui est très croyante, m’a confié à quel point elle était démontée parce qu’elle se disait que son frère devait être damné. Je lui ai répondu sans réfléchir : si je suis au carmel, c’est que pour pas une seule âme ne soit en enfer. J’attendrai le temps qu’il faudra, mais tant qu’il y aura une âme en enfer moi je ne serai pas au paradis, je ne serai pas tranquille. Je me suis écoutée dire ça complètement éberluée car je n’y avais pas pensé avant mais je me suis dit c’est ça, et Dieu est comme ça. On parle beaucoup de l’enfer, et oui, il existe, mais la seule chose qu’on ne sait pas c’est s’il y a quelqu’un dedans. Je ne peux pas imaginer Dieu, avec son amour infini, se contenter des gens qui sont au paradis et ne pas attendre ceux qui sont en enfer. Il y a peut-être des gens qui refuseront Dieu et Dieu ne peut pas aller contre cette liberté là mais il peut attendre, une attente infinie jusqu’au bout. Je crois que quand on vit ça il y a des entrailles qui s’approchent de la croix et qui acceptent la croix.Je balbutie, ce n'est pas de la théologie mais des mots que m'inspire l'amour si grand que Dieu me découvre.

DSC_0517_530x800Et là, la croix devient un trésor parce que la croix devient le salut de mon frère, ce n’est pas rien ! Jésus est mort sur la croix pour sauver TOUS les hommes, pas seulement les chrétiens, tous les hommes, les musulmans, les athées, les blancs, les noirs, les rouges, les verts, tous, tous, tous ! Ce que Jésus peut en faire de mon acceptation de la petite croix que je vis, c’est un trésor ! Si j’ouvre mon cœur assez grand pour que Jésus puisse vivre sa croix en moi, c’est Jésus qui porte la croix comme un trésor en moi, c’est le trésor de Jésus qui est déposé en moi. Peu importe que je le sente ou que je ne le sente pas. Mais quand tu ouvres cet espace à Jésus, c’est tout son mystère qui rentre en toi.

Je me souviens, six mois avant ma profession solennelle, je suis tombée sur une phrase dans un bouquin : « Je te confie ma croix, porte la. » C’était comme si Jésus me parlait, cette phrase était pour moi. J’ai dit oui et peu après il m’est arrivé une très grosse épreuve familiale, la seule que je n’aurai pas voulu choisir. Alors j’ai dit : « Jésus, tu m’as confié une croix et je la porte, avec toi ! ».

Mais on ne porte alors pas les choses de la même façon : quand on porte la croix comme un trésor, ça ne veut pas dire qu’on ne voudrait pas que les choses ne soient pas autrement, ça ne veut pas dire qu’on n’a pas les entrailles complètement à l’envers, qu’on ne pleure pas toutes les larmes de son corps, qu’on n’essaye pas tout ce qu’on peut faire pour sortir de la situation ; ça veut simplement dire qu’à travers tout ça, on laisse Jésus nous prendre par la main pour faire ce passage, on lâche prise en profondeur.

Une soeur carmélite

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