Chaque semaine, une carmélite nous partage comment elle vit une phrase de Thérèse.

« Ce n’est plus un voile pour moi, c’est un mur qui s’élève jusqu’aux cieux et couvre le firmament étoilé… Lorsque je chante le bonheur du Ciel, l’éternelle possession de Dieu, je n’en ressens aucune joie car je chante simplement ce que je veux croire» (MsC, 7v)

DSC_0127_800x515Ces paroles de Thérèse me touchent profondément. Pas tellement dans mon être même – je ne suis pas dans l’épreuve de la foi où se trouvait Thérèse, donc je ne peux pas dire que je vis ce qu’elle a vécu – mais ça me touche vraiment quand même. Cela me fait penser à Mme de Sévigné qui écrivait à sa fille alors malade : « J’ai mal à votre ventre ». Car quand je vois l’indifférence, l’incroyance dans lesquelles vivent beaucoup de nos contemporains, oui, je peux dire que j’ai mal quelque part, car eux aussi ont mal. Dans ce texte je vois Thérèse qui rejoint encore aujourd’hui ce monde en mal de sens, ce monde qui cherche, qui tâtonne et qui marche sans savoir vers où, vers qui. Ce monde qui s’accroche à des petits bonheurs qui s’effritent, et  qui trouve ridicule ou inconcevable l’idée qu’il existe un Grand Bonheur qui dure. Et pourtant…Bien sûr, ce Grand Bonheur, on ne le possède pas entièrement sur terre mais on l’entrevoit, on « l’entresent », on le vit dans l’espérance et il nous fait vivre. Il nous attire ce Bonheur qui est Dieu, Dieu de joie et d’amour, de vie, de paix,…

DSC_0406_800x530Ma foi catholique m’a été donnée par Dieu à mon baptême : petite semence qui a germé dans le terreau de ma famille, de mon milieu, de mon époque. Puis vint un temps où je l’ai « prise en main »pour la cultiver, l’aider à grandir, la protéger. Car la foi au fond, c’est un peu comme la vie, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Il arrive des turbulences, des jours où il fait plus sombre, alors des doutes surgissent mais « si Dieu voit une fourmi noire sur une pierre noire dans la nuit noire », et bien alors moi je peux dire que Dieu est là quand même. Donc je dois penser que Dieu est toujours là, près de moi, en moi, et je dois alors m’accrocher à la prière, et un peu comme ce papa dans l’Evangile, supplier : « Seigneur viens en aide à mon manque de foi ». Ma foi reste donc un combat spirituel, et c’est même par là qu’elle va s’affermir, grandir comme la fleur des champs à la merci du vent, de la pluie et du soleil. C’est un trésor qui m’est confié comme un talent, je dois la faire fructifier et pour cela je dois en prendre soin comme d’une plante : arracher l’herbe qui l’entoure, aérer la terre, l’arroser, peut-être lui mettre un support. Pour moi ce sera par la prière, l’étude, la formation spirituelle, théologique.

DSC_0155_800x530Et puis ma foi grandit aussi en la partageant, en recevant le témoignage de l’autre et en donnant le mien. Je vous en donnerai deux exemples qui m’ont frappée. Avant d’être carmélite, j’étais missionnaire en Afrique. Après mon travail, j’allais donner des cours de catéchisme à des jeunes de treize-quatorze ans qui n’étaient pas baptisés. Je finissais toujours les cours par un temps de prière spontanée. Un soir, l’un d’entre eux y dit du fond de son cœur : « Mon Dieu, tu es mon Père, tu es ma Mère. » J’ai été soufflée, jamais moi je n’avais dit ça. Même si c’est une chose que je sais, l’entendre dire d’un enfant qui n’est même pas baptisé, c’était vraiment l’Esprit Saint. C’est un témoignage qui a fait grandir ma foi. A contrario, quand j’étais jeune je me promenais souvent en campagne sur une route peu passagère où se trouvait un beau calvaire ; je m’y arrêtais toujours deux minutes pour faire une prière, avec un beau signe de croix mais ce jour-là, une personne arriva vers moi et je n’osais m’arrêter, et voilà un témoignage manqué. Donc mon témoignage peut porter du fruit, ou il peut ne pas exister. Il faut toujours être en éveil. Une petite chose pour finir : n’oublions pas que c’est Dieu qui va permettre de porter des fruits de liberté, de lumière, de vérité, de joie, d’amour, mais… si je fais ce que je peux de mon côté !

Une soeur carmélite

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