Chaque semaine, une carmélite nous partage comment elle vit un texte de Thérèse.

«  O ma Soeur chérie, je vous en prie, comprenez votre petite fille, comprenez que pour aimer Jésus, être sa victime d'amour, plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant... Le seul désir d'être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force et voilà le difficile car «Le véritable pauvre d'esprit, où le trouver? il faut le chercher bien loin» a dit le psalmiste... Il ne dit pas qu'il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais «bien loin», c'est-à-dire dans la bassesse, dans le néant... Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d'esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d'amour... Oh ! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens !... C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour... » (LT197)

Profession_MP_Philippe_297_800x532Ces phrases-là de Thérèse, j’y pense souvent. Si on accepte sa petitesse, si on reconnait sa pauvreté et qu’on reste dans l’humilité (c’est l’humilité et la charité qui sont les plus importants, pour Dieu et pour nous) alors on reconnait son néant. Si on le reconnait, on trouve la paix. Maintenant, à mon âge, j’ai passé toutes les grandes difficultés : je suis passée par la nuit, la maladie,… et maintenant je vis dans la paix, parce que je vis dans l’amour et dans l’acceptation de ma petitesse. J’ai demandé au Seigneur quand j’étais jeune la grâce de rester petite et je crois que le bon Dieu m’a exaucé dans le fait que je n’ai pas eu de responsabilité dans la communauté. Si j’avais eu des responsabilités, peut-être m’en serais-je enorgueillie, tandis que là je ne suis rien dans la communauté, je me sens la dernière et ça me donne la paix, la joie et je ne cherche rien d’autre. Je trouve la joie dans mon travail, dans la communauté, j’aime tout le monde.

Thérèse, elle est toujours restée petite : la dernière de sa famille, la plus jeune de la communauté, elle n’a jamais été capitulante,… Elle en a fait sa joie et ça a fait sa grandeur. Je me dis que Dieu, en Jésus, s’est fait petit enfant, le plus petit alors qu’il est Dieu tout-puissant, je me dis que si Dieu a voulu ça pour son Fils, être parmi les petits, s’abaisser, alors c’est qu’Il veut qu’on l’imite… Jean de la Croix a écrit dans une poésie : « Tant tant je m’abaissais que si haut si haut j’allais, que j’atteignis ce que je chassais. » Ce qu’Il voulait, il l’a atteint mais il fallait pour cela s’abaisser. Si Dieu s’est abaissé en un petit enfant, et puis dans sa Passion, où il est dit « comme un ver », « défiguré » alors, je l’ai compris en lisant Thérèse, il faut s’abaisser, pour être grand aux yeux de Dieu il faut devenir petit.

Le-Pape-Jean-Paul-IIThérèse dit qu’on peut rester petit même dans les responsabilités les plus grandes, je pense en particulier à Jean-Paul II qui avait la plus haute responsabilité dans l’Eglise mais je pense qu’aux yeux de Dieu il se sentait petit. Plus les tâches sont grandes, et plus on doit se sentir incapables, la tâche est au-dessus de nos forces. Si j’avais été prieure, je m’en serais sentie incapable : il faut reconnaître son incapacité pour remettre tout à Dieu dans la confiance et l’abandon : « Seigneur, je me sens incapable de faire cela, je te laisse faire ».

Je prie beaucoup pour les vocations, et pour les vocations dans notre monastère : cette année j’ai demandé à Dieu que cinq jeunes se présentent (il en faut bien 5 pour qu’il en reste 2 !), finalement je n’ai pas eu ces deux entrées que j’espérais mais je pensais ces jours-ci qu’il fallait s’abandonner, que le bon Dieu sait mieux que nous. Il  faut demander, puisque Jésus a dit de prier le Père d’envoyer des ouvriers pour la moisson et donc je le fais, mais pour le résultat, il n’y a qu’à s’abandonner et faire confiance, car Il sait bien mieux que nous ce qu’il nous faut.

Une soeur carmélite

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