Chaque semaine, une carmélite nous partage comment elle vit un texte de Thérèse.

DSC_0497_530x800Cette rose effeuillée, c'est la fidèle image, Divin Enfant

Du coeur qui veut pour toi s'immoler sans partage à chaque instant.

Seigneur, sur tes autels plus d'une fraîche rose aime à briller

Elle se donne à toi..... mais je rêve autre chose : «C'est m'effeuiller!...»

La rose en son éclat peut embellir ta fête, aimable Enfant,

Mais la rose effeuillée, simplement on la jette au gré du vent.

Une rose effeuillée sans recherche se donne pour n'être plus.

Comme elle avec bonheur à toi je m'abandonne, Petit Jésus. (PN51)

« S’immoler sans partage à chaque instant », cela se vit dans de toutes petites choses (rappelez vous ma tartine de beurre de la semaine dernière !) et là se trouve, je pense, le génie de Thérèse : car il ne peut pas y avoir de glorification dans des petites choses comme ça, car ce sont des bricoles. Mais des bricoles qui peuvent coûter ! Ca coûte parce que mon ptit ego à moi, il est attaché à ci, à ça… Mais c’est l’amour qui va donner du sens à ces petits renoncements. Il faut les vivre dans le sens que de cette mission apostolique que notre Mère Thérèse d’Avila nous a donnée dans les Constitutions : dans et pour l’Eglise. Les trois piliers que nous a transmis Thérèse d’Avila sont  la fraternité (l’amitié entre sœurs), l’humilité et le détachement. La petite Thérèse est vraiment une fille de Thérèse d’Avila dont elle a vraiment tout compris, c’est une vraie carmélite !

DSC_0550_530x800Le mot « immoler » peut gêner, tout dépend des sensibilités mais justement c’est fort. Et parfois le renoncement, on le vit très fortement dans notre cœur, Il y a des fois où ça peut être très dur et on peut le ressentir comme vraiment une immolation. Je crois que pour les renoncements,  le premier pas en particulier coûte beaucoup.

En ce moment, je vous avoue que je travaille au petit détachement suivant, une toute petite chose comme toujours : ne plus regarder systématiquement la page des sports dans le journal (je suis passionnée de sport !). Je fais ça non pour une intention particulière mais pour Jésus, et il s’en débrouille après. Ce qui compte bien sûr, ce n’est pas le sacrifice en lui-même (extérieurement, page de sport ou non, ça ne change pas la face du monde), c’est l’amour que je mets dedans. Je choisis des choses auxquelles mon petit ego est attaché, où il trouve un plaisir et auquel il est accroché. Plaisir qui en soit n’est pas mauvais, mais comment est-ce que je le vis, comment mon cœur y est-il attaché ? Suis-je vraiment libre par rapport à ça ou pas ? Je choisis mon petit ego ou je le choisis Lui, la liberté, la vie, car mon ptit ego est quand même drôlement centré sur lui-même : MON ptit beurre, MON ptit sport, MON ptit plaisir… Tout est retourné sur soi, je fais ce que je veux, comme je le sens, en tournant autour de mon petit nombril (et le monde dans lequel on est nous y encourage !) alors que le Seigneur nous appelle à plus que ça.

La rose effeuillée de Thérèse, c’est tout le contraire de cet enferment sur soi : on y voit Thérèse complètement abandonnée. Notez bien : ce n’est pas une rose mais une rose effeuillée. Une rose, c’est magnifique : la couleur, l’odeur, la forme,… Ca éblouit ! Mais là elle parle d’une rose effeuillée, et ça, ce n’est plus beau du tout ! Comme elle dit, on va marcher dessus, ça n’a plus de valeur… Alors c’est vrai qu’on pourrait dire aussi : on va s’effeuiller et n’être plus rien mais ce n’est pas ça que je sens dans ce texte, on reste une personne, un « je » en face du Seigneur. Quand Thérèse écrit « une rose effeuillée sans recherche se donne pour n’être plus, comme elle avec bonheur à toi je m’abandonne petit Jésus », je pense qu’il faut le lire dans le contexte où c’est écrit : Thérèse s’apprête à mourir, elle ne parle pas de suppression d’elle-même, mais d’abandon. Thérèse est cette rose qui s’est effeuillée toute sa vie pour le Christ et là elle arrive au bout, c’est l’abandon sans retour sur elle-même, et sans rien demander. Son amour est jusqu’au bout gratuit, ce n’est pas du donnant-donnant, c’est se donner comme Jésus s’est donné, car cette poésie, selon moi, est avant tout une description de ce qu’a vécu Jésus.

Une soeur carmélite

Pour lire le Poème Une rose Effeuillée en entier, cliquez ici

Pour lire les épisodes précédents, cliquez ici.