Chaque semaine, une carmélite nous partage comment elle vit un texte de Thérèse.

Prau_800x590Quelle est la parole de Thérèse qui me touche le  plus ? Mais choisir une phrase de Thérèse, c’est difficile pour moi car au fond, c’est tout Thérèse que j’aime ! En particulier, c’est vrai le Manuscrit B d’Histoire d’une âme, où elle expose cette « science de l’Amour », expression qu’elle emprunte à St Jean de la Croix. Cette science de l’Amour je la recherche, comme toi sans doute, et depuis tant d’années…Et s’il faut vraiment focaliser, je choisirai les textes où elle parle de la pauvreté, un thème qui m’est cher depuis mon noviciat et c’est à travers ce thème que je comprends Thérèse, car la pauvreté, c’est pour moi la petite voie.

« Plus tu seras pauvre, plus Jésus t’aimera…C’est la confiance, rien que la confiance qui conduit à l’amour. » (LT 197où Thérèse explique à sa sœur Marie quelques points du Manuscrit B)

La pauvreté comme chemin conduisant à l’Amour, au Christ pauvre m’a toujours attirée mais ma perception en a beaucoup changé avec le temps. Quand j’étais très jeune, je comprenais la pauvreté dans le sens matériel : ne rien avoir. Je viens d’un milieu qui n’était pas très riche mais sans manque, et je voulais vivre comme les pauvres, car je comprenais que pour s’approcher d’eux il fallait vivre comme eux, mais quelque part c’est une illusion car on ne sera jamais comme eux et je m’en suis vite rendu compte après avoir fait des expériences concrètes de pauvreté comme dormir dans un taudis avec un matelas par terre, manger et travailler comme eux etc.…et j’étais très contente et un peu trop fière d’être pauvre, du moins je me croyais telle ! En fait j’étais à côté de la plaque ! C’était une expérience mais ce n’était pas cette pauvreté matérielle qui me faisait approcher de Jésus comme je le souhaitais.

Profession_MP_Philippe_055Après, j’ai essayé d’être pauvre dans le sens de « pauvre de soi » : laisser passer les autres en premier…mais je me suis aussi rendu compte au bout de quelque temps que finalement c’était moi qui me construisais une pauvreté ; je me faisais mon programme de pauvreté et c’est normal, il faut passer par là, mais j’ai compris que la pauvreté, c’est un don de Dieu. Quand j’ai compris cela, tout a basculé car je me suis aperçu que moi, je ne pouvais rien faire. Alors là, l’expression de Thérèse : être devant Dieu « les mains vides » m’a rejointe. Moi, j’avais encore les mains trop pleines : pleines de tous mes efforts, pleines de tout ce que je voulais et cela était beau aussi mais j’ai compris que pour que le Seigneur me fasse ce don, il fallait qu’il se charge lui-même du programme ! Dans la prière j’ai mieux saisi que finalement, ce sont des dépouillements successifs qui me permettront d’avoir vraiment les mains vides. Alors, n’ayant plus rien je serai vraiment pauvre et libre. Et Thérèse nous dit : « Plus tu seras pauvre... », c’est donc que le chemin est loin d’être fini, jusqu’à ma mort ça continuera et c’est Lui seul qui tracera le chemin et non plus moi !

Une soeur carmélite

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