Sœur Thérèse de Jésus 

Thérèse Pillot 1935-2015

Sr Thérèse petite

La petite Thérèse vint égayer son foyer le 1er juillet 1935 : la première fille, après un garçon. Une autre suivra bientôt, et Thérèse sera toute sa vie très proche d’eux, sans oublier les trois autres garçons qui suivront. Le papa travaillait dans les chemins de fer, ce qui permettait souvent de petits voyages que Thérèse aimait bien. Elle était pleine de vie, toujours prête à rendre service, dynamique et joyeuse. Toute petite, on l’envoya en séjour de prévention en sanatorium pour plusieurs mois. Ce fut sa première séparation d’avec ses parents, et elle sut être courageuse. Thérèse aimait beaucoup les enfants et savait s’en occuper avec tendresse, ce dont ont bénéficié plusieurs générations d’enfants en colonie, où elle a travaillé plusieurs étés. Plus tard, elle sut s’impliquer dans un quartier pauvre, pour les visites de famille et aider les personnes âgées.

Très tôt elle aida sa maman à confectionner les vêtements de ses petits frères. Elle s’y révéla très douée : elle aimait ça ! Elle eut la grande joie de pouvoir travailler dans la couture toute sa vie, sa deuxième vocation comme elle disait souvent. Elle était enthousiasmée ici par son travail de couturière pour l’Aide au Travail des Cloîtres, qui fut une part importante du gagne-pain de la communauté qu’elle a continué avec zèle jusqu’au bout.

 

Sr Thérèse profession

Thérèse souhaitait se marier et avoir six enfants. Mais l’appel à la vie religieuse se fit pressant et elle y répondit généreusement sentant passer le sacrifice. Son appel la dirigea vers le Carmel de Lisieux – après la lecture de l’Histoire d’une âme. Mais le prêtre qui la guidait lui dit : « Comme votre famille est de Magenta et votre frère séminariste à Reims, il vaut mieux que vous entriez à Reims : tous pourront vous voir souvent. » Notre Thérèse s’est donc présentée au Carmel de Reims à 15 ans, comme Thérèse de Lisieux ! À sa grande déception, elle se fit dire d’attendre ses 19 ans. Elle prit aussi conscience qu’elle allait demander à ses parents un énorme sacrifice. Un soir, elle se décide à l’annoncer… Sa maman a pleuré toute la nuit mais par amour, les parents acceptèrent.

Thérèse entre donc au monastère le 15 septembre 1954. La prise d’habit eut lieu l’année suivante et sa profession le 25 mars 1957. Son frère fut ordonné en juin 1961 exceptionnellement au Carmel même, en présence de la communauté et de toute la famille. Elle vécut sa vie de carmélite tout ordinaire, avec des épreuves qu’elle sut dépasser en esprit de foi et d’obéissance, sans amertume. Elle fut très aidée par le P. Poulain, futur évêque de Périgueux, qu’elle retrouva avec bonheur quand il s’installa à Lisieux.

A la fermeture du Carmel de Reims, le désir initial de Thérèse put enfin se réaliser dans la joie, au cours de l’été 1986. Elle demeura cependant toujours très proche de sa famille, champenoise et très fière de l’être. Lors de son court séjour à l’hôpital en janvier dernier, l’infirmière lui demanda qu’est-ce qu’elle voulait : « Du champagne… » et elle l’obtint !


Thérèse aimait l’Eglise et la liturgie fut toute sa vie un grand phare : elle tenait à ce que celle-ci soit belle et vécue dans le respect des rituels. Ses connaissances musicales et sa jolie voix firent merveilles. Elle s’est beaucoup investie pour que le passage de Vatican II puisse bien se réaliser, avec le chant, les répétitions, l’accompagnement à la cithare, sans parler des sessions de formation. Elle s’y est aussi généreusement donnée à Lisieux, et avec compétence, jusqu’au passage de relais à une autre sœur après les dernières élections.

Thérèse fut aussi longtemps à la provisoirie. Elle était douce et disponible, toujours le sourire aux lèvres et on se souviendra de sa chaleur à l’accueil du monastère, où elle travaillait parfois. Thérèse aimait toutes les sœurs, et mettait joie et humour en récréation. De surcroît bonne comédienne, elle sut endosser quelques rôles inoubliables.

La vie religieuse de Thérèse était d’une observance joyeuse, pieuse, silencieuse, dans une profonde attitude de foi. L’Eglise, le salut des âmes, le soutien d’une personne en souffrance, les vocations religieuses… combien de chapelets ou d’invocations vers le Seigneur n’a-t-elle pas fait monter vers le ciel, avec une simplicité d’enfant et sans se décourager. Quelques jours avant sa mort, sa prieure s’absenta plusieurs jours et lui recommanda une rencontre délicate qu’elle devait faire. Au retour, déjà très faible et dans un sommeil profond, elle ouvrit les yeux et lui dit : « alors ? j’ai bien prié pour vous ».

Sr Thérèse récent 2


Cela nous fait de la peine de perdre Thérèse, alors qu’elle était en pleine activité dans la communauté. Fin novembre, elle apprenait le diagnostic de son cancer du pancréas un matin et le soir elle partageait à la communauté avec un beau sourire : « Est-ce le premier signal de la venue de
l’Époux ? » Heureuse de la rencontre proche ! Avec la dépendance grandissante, elle s'abandonna tout sereinement, sans amertume ni désolation. Elle se demanda « comment elle allait faire pour mourir » et accueillit toujours les réponses de sa prieure dans la confiance, avec un sourire lumineux et une foi rayonnante. Elle est restée ainsi au fil des mois, si paisible, abandonnée, se sentant soutenue par la prière de tous. Quand elle n’eut plus la force elle aimait qu’on vienne lui lire l’Office, saint Jean ou dire le chapelet. Lors des soins, elle se laissait toujours faire, acceptant tout simplement, s’efforçant de retenir le prénom de chacun et échangeant sur la prière. Elle était sans force aucune et elle l’assumait, tout en étant un rayon de soleil pour l’équipe soignante de professionnels et pour ses soeurs qui se relayaient et aimaient à prier à son chevet.

A l’une qui lui demandait : « que veux-tu ? » elle répondit « le Ciel : ». A une autre : « priez pour que je garde la foi. »

Lors des derniers passages auprès d’elle d’un Père carme elle l’accueillit avec son bon sourire : « je ne sais pas ce que le Bon Dieu attend, moi je suis prête à aller le voir! mais c’est son affaire. S’il veut que je reste encore il doit avoir ses raisons. Alors j’accepte et j’attends. … Tu sais au ciel, je n’ai pas du tout l’intention de me reposer; ah non ! Je veux faire comme la petite Thérèse; je veux faire du bien sur la terre… Au ciel, je vais aider la petite Thérèse. elle est tellement sollicitée qu’elle doit avoir du travail, alors je vais la soulager. »

Et c’est en ce jeudi matin ensoleillé du 19 février 2015 qu’elle est allée rencontrer son Époux tant aimé.

Vos sœurs carmélites de Lisieux.