Le désir initial 1641

Monseigneur Cospeau eveque de Lisieux
En 1641, un évêque rêve. C'est l'évêque de Lisieux, Monseigneur Cospeau. Alors que la France prospère dans ses colonies, etc., Mgr Cospeau rêve d'avoir un carmel dans son diocèse. Il aimerait bien que ce soit à Lisieux, là où est situé son évêché, ou alors à Pont-l'Évêque…
Le rêve se réalise, mais dans la ville de Pont-Audemer. Supprimé lors de la Révolution, le Carmel de Pont-Audemer est rétabli en 1803, mais la ville fait désormais partie du diocèse d'Evreux.
Qu'à cela ne tienne !

Deux siècles plus tard

Carmel de Poitiers 1837Deux jeunes femmes patientent à la porte du carmel de Pont-Audemer, ne pouvant y être admises en raison de leur santé. Ce sont deux soeurs, Athalie et Désirée Gosselin, deux riches jeunes femmes souhaitant donner leur fortune pour la fondation d'un carmel où elles pourraient être admises. La prieure du Carmel de Pont-Audemer pense à Lisieux, et elle écrit à un prêtre de cette ville, le P. Sauvage, qu'elle connaît depuis des années. Enthousiaste, ce dernier invite les demoiselles Gosselin à s'installer à Lisieux chez les Bénédictines.

Il restait à trouver un Carmel qui comptaient assez de religieuses pour donner quelques soeurs pour encadrer la fondation, former les soeurs Gosselin et celles qui viendraient ensuite. Pendant deux ans, le Père Sauvage frappa sans succès à de nombreuses portes, pour enfin trouver un accueil favorable au Carmel de l'Incarnation, à Poitiers.
La prieure de Poitiers s'engage pour " la gloire de Dieu ". Elle invite les demoiselles Gosselin à commencer leur formation au Carmel de Poitiers, puis à revenir fonder à Lisieux en compagnie de soeurs de Poitiers. Ce qui fut fait : les soeurs Gosselin restèrent au carmel de Poitiers d'avril 1837 à mars 1838. Deux carmélites furent désignées pour les accompagner à Lisieux :
Sr Elisabeth de St Louis
Sr Geneviève de Ste Thérèse qui, encore en vie à l’entrée de Thérèse Martin, aura sur la future sainte une influence déterminante.
Pendant ce temps, le P. Sauvage cherchait à Lisieux un terrain convenable pour un monastère. Aidé par une pieuse veuve, Mme Leboucher, qui lui offrit de loger chez elle les carmélites, il trouva et acheta tout près de chez elle, rue de Livarot, une demeure et un jardin. On pouvait facilement aménager la maison pour loger cinq ou six personnes.

Le 15 mars 1838

Lettre de la fondation du carmel de LisieuxIl est 4 heures du matin, ce jeudi 15 mars 1838 à Lisieux, la petite cité normande capitale d'une riche région agricole. La ville est aussi le site d'une industrie textile qui assure en priorité le travail pour les 10 à 13,000 habitants d'alors.
Il est 4 heures du matin et il pleut lorsque la diligence venant de Paris par Mantes et Evreux s'arrête au relais. En descendent 5 religieuses arrivant de Poitiers, après 4 jours de voyage en diligence, sur des routes chargées de caillloux, avec tous les inconvénients d'un voyage de l'époque :
Sr Elisabeth de St-Louis (prieure)
Sr Geneviève de Ste-Thérèse
Sr Thérèse de St-Joseph (Athalie Gosselin)
Sr Marie de la Croix (Désirée Gosselin)
Sr St-Jean de la Croix (postulante de Lisieux)

Carmel de Lisieux maison initiale

Mme Leboucher accueille les voyageuses chez elle, leur prêtant les premier et second étages de sa rustique demeure, encore visible aujourd'hui rue du Père Zacharie. La vie s'organise dans cet humble logement provisoire, pour l'oraison et la récitation de l'Office, mais aussi pour l'intendance. Gêne et fatigue n'empêchent pas la fondation d'être officiellement déclarée ce 15 mars, lors de la première messe célébrée par le vicaire général, M. l'abbé Falize, venu accueillir la communauté au nom de Mgr Robin, alors évêque de Bayeux.
Dans le silence et l'obscurité, le Carmel de Lisieux était né.


Les six premiers mois

Carmel de Lisieux vu du jardin 1848Le petit essaim venu de Poitiers s'augmente de deux postulantes en quelques jours et bientôt la maison de Mme Leboucher se trouve bien petite pour loger 7 religieuses. Rapidement, le P. Sauvage et quelques soeurs conçoivent un plan d'aménagement pour la maison achetée rue de Livarot et les travaux commencent immédiatement. Mgr Robin vient visiter le chantier ce 24 août 1838 et c'est la fête. Mais il reste encore pas mal de travaux à achever après cette visite mémorable et ce n'est que le 5 septembre 1838 que la petite communauté entre définitivement dans la clôture de son nouveau carmel. Les trois premières novices font profession le 16 septembre, puis les deux postulantes prennent l'habit en octobre et décembre.

Carmel de Lisieux vu de la rue 1848

La petite ville de Lisieux réagit avec curiosité. On s'interroge sur l'utilité d'une telle congrégation, que l'on respecte toutefois. Dans les années qui suivent, les carmélites construisent quelques bâtiments annexes à leur petite maison et réussisent, lentement, à acheter de petits terrains qui jouxtent leur petite propriété. En 1846, on achève de constituer le terrain complet, lequel ne sera plus agrandi qu'en 1931 par un bout de jardin.

La chapelle est achevée en 1848.


Le carmel est terminé. Il est alors prêt pour accueillir sa plus illustre occupante.