Histoire

Premier témoignage : Dieu vit en moi !

J’avais une vie très pleine : un travail intéressant, des amis, des voyages qui m’avaient enrichi d’autres cultures. J’avais abandonné toute pratique religieuse après une enfance catholique mais je restais avec une soif d’intériorité qui ne trouvait pas à s’accomplir. Cette soif m’avait entraîné à m’intéresser aux sagesses orientales et à me mettre à l’écoute de personnes ayant fait un chemin spirituel intérieur.

De temps en temps, j’ouvrais les Evangiles pour mieux connaître ce « sage » qu’était Jésus. Jusqu’à ce jour où lisant ces textes, la présence de Dieu m’envahit : Dieu était vivant et il était en moi, il avait le goût d’un amour immense et inconditionnel. J’en fus bouleversée et entendis comme un appel à me laisser conduire dans la confiance. Très vite, je découvris un carmel : il était remplie de femmes joyeuses consacrant leur vie à Celui que je découvrais. Leur forme de vie, de prière, faite de silence, de solitude et de vie fraternelle était en continuité avec ma recherche et m’attirait de plus en plus.

Le désir de m’engager à la suite de Jésus pour mieux l’aimer et le faire aimer m’amena à tout lâcher pour entrer dans cette communauté quelques mois après.

Les années ont passé et je peux dire aujourd’hui avec Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Oh mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes. »

Mon image préférée :

Annonciation


Marie, après l’annonciation,

qui montre le Christ vivant en elle.

La devise de l'Ordre du Carmel : "Il est vivant le Dieu devant qui je me tiens" (parole du prophète Elie, 1 Rois)

 

Ma sainte préférée : Thérèse d’Avila, une femme d’une liberté et d’une actualité inouïes.

Mains_de_thereseSainte Thérèse de l'Enfant Jésus pour moi :

C'est une soeur, une amie, un guide pour mon quotidien m'aidant à mettre l'amour dans les petits gestes de la vie. Je partage son plus grande désir : "aimer Jésus et le faire aimer" et sa prière pour les prêtres.

La phrase de la Bible qui m'habite : "Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père  et je demeure en son amour. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète." (Jn 15,9-11)

Mon plus grand désir : que tous découvrent l'amour dont ils sont aimés et rencontrent Dieu.

Une carmélite de Lisieux

Deuxième témoignage : L'amoureuse de Jésus

Voilà 63 ans que je suis au carmel, où je suis entrée à 23 ans. J’ai surtout reçu la foi de ma mère, une femme très fervente qui avait elle-même pensé à la vie religieuse ; de mon père, devenu croyant, j’ai reçu l’exemple d’un homme très engagé dans l’aide aux plus démunis.

Vers 15 ans, je me suis sentie appelée à la vie religieuse. Cela m’est arrivé comme une demande de Jésus ; pas une demande que l’on entend avec les oreilles bien sûr. Ma sœur cadette était alors très malade et nous étions tous inquiets, je priais beaucoup pour elle. Un soir, j’étais toute seule dans ma chambre et intérieurement j’ai comme entendu dans mon cœur : « Tu pries pour la guérison de ta petite sœur mais si je te demandais, moi, d’être à moi ? ». J’étais suffoquée, et intérieurement j’ai dit « Oui ! ». Après cet appel, je suis devenue amoureuse de Jésus qui m’avait choisie ! A l’époque, je n’aimais pas sortir pour faire les commissions, mais pourtant je me proposais car ça me permettait de passer visiter Jésus à l’Eglise, je suis une amoureuse de Jésus.

Vierge_MarieJe croyais alors que Dieu m’appelait dans la congrégation enseignante où j’allais à l’école mais les évènements en ont décidé autrement. Dieu parle dans les évènements, c’est une vérité que j’ai expérimenté bien des fois dans ma vie. Un échec à l’oral d’un certificat de licence me donna une année pour réfléchir à ma vocation, avec l’aide d’un prêtre dont la cousine était Sœur de la Miséricorde à Lisieux. Durant cette année, j’étais responsable de la JEC, j’avais beaucoup d’amies, je voyageais, je n’étais presque jamais chez moi ! Et c’est en Angleterre que je reçus cette demande : « Mère Agnès (la sœur aînée de Thérèse, alors prieure du carmel de Lisieux) veut vous voir le plus vite possible » ! J’écourte mon voyage pour me rendre au plus vite à Lisieux et là, c’est le fiasco ! La sœur cousine du prêtre n’était pas là, et j’ai fait des misères à la sœur de l’accueil car j’étais si timide que j’osais à peine dire mon nom, et encore moins pourquoi j’étais là. Imaginez mes sentiments quand cette sœur me dit que Mère Agnès ne venait jamais au parloir. Enfin une sœur me reçut au parloir. Je suis entrée le 8 décembre 1948.

L’oraison, la prière silencieuse, voilà ce qui m’attirait au carmel. Comme j’étais amoureuse de Jésus, j’aimais me tenir devant le Saint Sacrement. Et puis le carmel, c’est apostolique, Thérèse d’Avila dit bien que sans ce désir d’apostolat, on n’est pas carmélite.


Ma sainte préférée : Marie, elle m’a tellement aidée. Maman aimait beaucoup la Sainte Vierge, et elle a été heureuse que je rentre dans un ordre marial. J’ai fait profession le jour même de la proclamation du dogme de l’Assomption, le 1ernovembre 1950. Pour l’occasion, on nous avait prêté une radio et juste après avoir entendu Pie XII proclamer le dogme, nous nous sommes rendues à l’oratoire où j’ai fait profession entre les mains de Mère Agnès. L’image que j’ai choisie pour mon jubilé de 50 ans de profession est donc cette magnifique icône du XIVe siècle de l’Assomption.

Une Parole de la Bible qui m’a frappée récemment : « Dieu est amour » (1 Jn 4,7). Dieu nous aime et c’est parce qu’Il est amour qu’il nous a envoyé  son fils bien-aimé dans le monde se faire vraiment l’un de nous.

Mon plus grand désir : la parousie ! Le retour du Christ : plus de misère, plus de violence, ce sera fini, et comme Dieu est amour, ça finira bien !!!

Une carmélite de Lisieux

Troisième témoignage : A la recherche du bonheur

Née dans une famille non-pratiquante, j’ai été baptisée et je suis allée au catéchisme jusqu’à la confirmation, mais à l’adolescence j’ai tout laissé tomber pour… jouer au foot ! C’est à 19 ans que j’ai fait vraiment l’expérience de Jésus vivant, à Lourdes en 1986 (cent après Thérèse, qui reçut sa grâce de conversion à Noël 1886 !). S’en est suivi pendant plusieurs années un long chemin de discernement, guidé par cette question : comment trouver le bonheur, où serai-je heureuse ? J’ai cherché longtemps, jusqu’au jour où j’ai rencontré Thérèse qui m’a chamboulée. Sa manière incroyable d’aimer Jésus, sa petite voie, voilà mon chemin. Et c’est à Lisieux, où j’étais venue faire une retraite, que j’ai été appelée à la vie religieuse. J’ai reçu une parole dans la Bible qui m’en a confirmé le lieu : « La gloire du Liban lui a été donnée, la splendeur du carmel. »

CreationThérèse étant ma petite sœur, dans mon cœur, le carmel c’était forcément Lisieux. Mais ce ne fut pas simple et ma vocation a rencontré des obstacles. Mon père spirituel, en particulier, n’était pas d’accord pour Lisieux, mais j’ai quand même décidé de faire un stage d’un mois, qui ne m’a pas du tout éclairée sur le moment ! C’est dans le train du retour que j’expérimentais une joie intérieure, un sentiment de liberté, un feu : « Je ne sais pas ce que tu veux de moi, Seigneur, mais qu’importe, tu me conduis là où tu veux ». Quelques temps après je me suis rendue à un week-end de discernement où un bon père jésuite et mon père spirituel m’ont confirmé mon appel : « Rentre au carmel de Lisieux ! » me dirent-ils tous les deux à ma grande surprise. J’étais au septième Ciel, comme si le Seigneur me disait : « Je t’attends à Lisieux. » Voilà sur quoi s’appuie ma vocation, et m’en souvenir m’a toujours beaucoup aidée depuis que je suis entrée : la Parole de Dieu et la confirmation de mes accompagnateurs.

Je suis une carmélite heureuse. Bien sûr, comme tout être humain, nous traversons des moments difficiles et des combats car nous restons avant tout des femmes. Dans le silence et la solitude du carmel, dans la vie communautaire, beaucoup de choses de notre histoire, de ce que l’on est nous remontent en pleine figure. Cela nous conduit sur un chemin de liberté intérieure. C’est cette liberté qui m’a attirée au carmel : d’une certaine manière, ici, il n’y a plus de murs. Les murs de la clôture, je ne les vois plus, car ce sont les murs intérieurs qu’il faut faire tomber. Plus les murs tombent, plus la liberté grandit.


L’image qui me parle depuis longtemps est celle de la Création que l’on trouve dans la cathédrale de Chartres, car j’y vois ce que Dieu fait avec moi : Il crée en moi l’homme nouveau, à l’image du Christ, Il est ce bon potier qui nous façonne, pauvre glaise que nous sommes, dans le temps. Et si vous regardez bien, vous verrez que dans cette image l’homme n’est pas encore fini, Dieu est toujours à l’œuvre en moi.

Une phrase de la Bible que j’aime à méditer : « Je suis le chemin, la vérité, la vie. » Pour moi, contempler et dire que Dieu est vie rejoint le cœur de ma vocation personnelle. Dieu m’a donné de comprendre qu’Il m’appelle à la vie, à vivre pleinement cette vie qu’Il m’a donnée, et à la transmettre. Voilà la source de mon émerveillement : Dieu vit en chacun de nous, chaque être est un enfant de Dieu.

Une carmélite de Lisieux

Quatrième témoignage : Aimer Dieu à la folie à la suite de Thérèse d'Avila

On m'a offert innocemment la Vie écrite par elle-même de Thérèse d'Avila.

Je l'ai lue, en tiquant bien un peu chaque fois qu'elle parlait de tous les travers de ces "gens du monde", de sorte qu'inconsciemment, pour échapper à ses critiques répétées, je me suis sans doute vue dès ma première lecture comme étant de l'autre côté de la clôture, en carmélite.

Mon vrai renversement est cependant venu de son style: Thérèse termine chaque chapitre en quittant le fil de son récit pour écrire quelques extravagantes paroles d'amour au Seigneur. Un vrai choc. Je ne savais pas encore qu'elle copiait ainsi la manière de saint Augustin dans ses Confessions, mais j'ai vu là, à ma grande surprise, qu'on pouvait aimer Dieu et à la folie, tout comme entre hommes et femmes.

Le reste, changer de style de vie et enfin entrer au carmel, ne fut qu'une suite de petites péripéties et de circonstances, lesquelles deviennent des aventures héroïques tant elles font battre le cœur. Une fois au monastère, il y a eu la découverte que toutes ici rêvent de vivre ces fins de chapitre de Thérèse d'Avila... Un beau travail d'équipe, tricoté à neuf chaque jour.

Mon image préférée: un bord de mer, n'importe lequel, soleil ou tempête, avec l'espace, le lointain, la vaste paix.Im_Camille

Mon saint préféré est saint Joseph. Comme me disait une amie: "Tu en connais, toi, des hommes qui écoutent les anges?"  J'aime son profil bas, et la remarquable paternité qu'il a dû exercer à l'égard de Jésus pour que ce dernier se mette à appeler Dieu papa.

Phrase biblique

Question difficile, comme il y a près de 36,000 versets! Allons-y plutôt avec les livres. Paul est une éblouissante galaxie et les évangiles toujours à travailler : je ne peux pas m'en passer,  mais j'ai un faible pour le premier livre de Samuel.

Thérèse de Lisieux pour moi

Une top-vedette. Elle m'émeut beaucoup quand elle touche tout à la fois 2 ou 3 jeunes hommes venus rendre visite à leur grand-mère, à Hong-Kong New-York et Montpellier par exemple, se retrouvant tous trois à lire l'Histoire d'une âme par désoeuvrement, et qui sont tous les trois bouleversés.

Son trans-culturalisme est poignant, sans parler de la proximité qu'elle développe avec tous ses amis, jeunes ou vieux: elle devient vite une familière dans le discours intérieur, avec gentillesse et du sur-mesure.

Mon plus grand désir

Le royaume des cieux pour tous, tous siècles confondus.

En attendant, la scolarisation universelle pour tous, en tout pays.

Une carmélite de Lisieux

Cinquième témoignage : Saisie par le regard du Christ

Vers dix-sept ans j’ai perçu un appel pour la vie religieuse. Le carmel, j’en connaissais quelques bribes à travers Thérèse mais ça n’allait pas loin. Mes parents n’étaient pas contre une vocation mais en vie apostolique. J’ai été en relation avec une sœur et de fil en aiguille je suis entrée dans sa congrégation apostolique. Puis, après quelques années, un temps de crise est venu. Je réfléchissais beaucoup sur l’avenir mais avant de prendre toute décision j’ai beaucoup prié. Pour moi c’était important. Comme j’étais à la chapelle en prière, je m’entends dire « le carmel ». Et moi de répondre du tac au tac : « Mais ce n’est pas ça que je cherche ! » J’ai ensuite été arrêtée deux ans, ce qui m’a permis de prier et réfléchir et ce n’est qu’après cela que je suis entrée au carmel.

Je suis entrée au carmel du Mans. Après sa fermeture et un essai dans un autre carmel, j’ai demandé une année de discernement, et c’est ainsi que je suis arrivée au carmel de Lisieux. A la fin de cette année, j’étais un jour à l’infirmerie où Thérèse est morte et j’ai entendu intérieurement : « c’est là que je te veux ».

Ste_FaceMon image préférée: L’image de la sainte Face du suaire de Turin m’accompagne sans cesse, et je rejoins là Thérèse : « regarde Jésus dans sa face, là tu verras comme il nous aime »(LT87).

Par rapport à ce regard, ce passage d’Isaïe m’habite aussi vraiment : « Ne crains pas car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi, tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et moi je t’aime. Ne crains pas car je suis avec toi. » (Is43, 1 et 4)

Thérèse de Lisieux pour moi: Ce qui m’a attiré chez Thérèse c’est l’amour dans les petites choses mais j’aime aussi beaucoup Thérèse d’Avila. Je n’en connaissais pas grand-chose, si ce n’est ses visions et ses vols d’esprit… mais dès que j’ai commencé à la fréquenter, j’ai découvert combien elle était humaine et les deux pieds sur terre. Elle nous parle beaucoup du regard de Jésus.

Une soeur carmélite

Sixième témoignage : Une vie au service de la petite Thérèse et de ses pélerins 

Je viens d’une famille catholique, papa avait trois sœurs religieuses alors quand sa fille aussi a voulu rentrer dans les ordres, ça ne lui a pas trop plu ! Depuis toute petite je voulais être religieuse. C’est à cause de la petite Thérèse que je suis entrée ici, et puis j’avais ma tante qui était tourière, c’est-à-dire une carmélite ne vivant pas en clôture et chargée des relations avec l’extérieur. Toute petite j’ai entendu parler de ma tante, de Thérèse. C’est comme ça que j’ai eu la vocation d’être tourière.

J’ai la vocation depuis l’âge de dix-huit mois ! Mes parents m’ont emmenée en 1927 au parloir voir Mère Agnès, la sœur aînée de Thérèse. Quand j’ai vu les grilles, j’ai eu peur alors je me suis roulée par terre ! Mère Agnès a dit à mes parents : « Ne vous inquiétez pas, elle nous reviendra, elle nous reviendra ! » Et 22 ans plus tard, j’y suis venue. Comme sœur tourière, car je voulais être au service des pèlerins de la petite Thérèse. Les accueillir à la porte, les accompagner aux grandes cérémonies, prier dans la chapelle avec eux, c’était ma joie de recevoir des pèlerinages entiers. Je suis entrée au carmel de Lisieux pour la petite Thérèse mais avant tout, c’est pour aimer Jésus et le faire aimer.

therese

Thérèse pour moi, c’est une grande soeur, qui m’a toujours accompagnée. Depuis ma naissance : mon accouchement a été très difficile et craignant de me perdre, mon père m’a confiée à Thérèse et lui a fait le vœu de me donner son nom si je survivais. Elle a toujours été tout pour moi.

Vierge_du_Sourire

Mon saint préféré: Saint Joseph ! Je voudrais que tous les petits garçons s’appellent Joseph tant j’ai une grande dévotion pour lui.

Phrase de la Bible:
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9) Demeurer dans son amour, se sentir aimé par Jésus, avoir le désir de l’aimer aussi, c’est ça qui me porte. Demeurer dans son amour, c’est ma vocation de carmélite.

Mon grand désir, c’est de mourir d’amour. Je répète souvent la dernière strophe du poème Vivre d’amour de Thérèse : « Mourir d'Amour, voilà mon espérance. Quand je verrai se briser mes liens, mon Dieu sera ma Grande Récompense, je ne veux point posséder d'autres biens. De son Amour je veux être embrasée, je veux Le voir, m'unir à Lui toujours. Voilà mon Ciel.... voilà ma destinée : Vivre d'Amour ! ! !..... »

Une soeur carmélite

Septième témoignage : Par l'amour, Thérèse... et internet ! 

images_2J’ai découvert la famille Martin grâce à une bande dessinée qu’une jeune du catéchisme avait apporté avec elle. Et, après ça, Thérèse (comment était-elle entrée dans ma vie ? je ne sais pas, mais…) je la sentais qui m’accompagnait, me protégeait, me regardait depuis le Ciel…
En terminale, un cours de philosophie m’a fait tout arrêté. Je ne voulais plus croire.
Ca a été pour moi le désert, jusqu’à la fac, où là, je suis tombée gravement malade.

L’envie de retourner à Taizé m’a fait rencontrer des sœurs missionnaires qui animaient l’aumônerie des étudiants, puis j’ai intégré le groupe de jeunes professionnels, et là, grâce à l’amour de ces sœurs, je me suis sentie revivre… j’ai redécouvert progressivement l’amour de la prière et le goût de tout partager grâce à elles.
Un soir, alors que j’étais en prière, j’ai senti l’amour de Dieu m’envelopper de Sa lumière. Et à la fin de ce moment, j’ai entendu au fond de mon cœur : « carmel »

C’est alors que Dieu et moi nous sommes amusés ensemble. Il a semé des petits indices sur mon chemin, avec toujours une référence à Thérèse… et puis, je me suis mise à chercher. A la fin, cet indice : un livre sur elle posé dans une vitrine, qui m’a fait me dire : « il y a quelque chose à Lisieux…»

J’écris donc un mail au Carmel (sans trop y croire pourtant, car, j’avais lu avec difficulté l’Histoire d’une âme un an auparavant, en croyant à l’époque que tout cela n’existait plus, (« ce serait trop beau » :-) !) et que le Carmel était mort avec Ste Thérèse… et même là, ça me semblait tellement virtuel ! Dans l’après-midi, stupeur ! C’est la prieure elle-même qui me répond! Elle me dit de prendre rendez-vous avec elle, et m’explique les différentes étapes (moi qui croyait que l’on entrait comme cela… ! ^^ en temps normal, ça aurait du me faire peur toutes ces étapes mais là, étonnamment, je n’ai pas hésité, et j’ai dit : « oui », (me disant que : « de toute façon, je n’ai rien à perdre en y allant… que ce n’est pas pour moi tout cela, etc.» … J’arrive donc à Lisieux, direction : la châsse. Où je vais prier devant la Vierge du Sourire avant d’aller à cette rencontre, puis je me dirige vers la chapelle, où je dépose ma valise, et, levant les yeux vers ce Christ, j’entends en mon cœur : « c’est là »

A l’heure actuelle, je sens de plus en plus que « c’est là », effectivement. Je suis profondément étonnée de voir que Dieu me connaît beaucoup mieux que moi même, et qu’Il m’a guidé là où il fallait. Et je suis profondément heureuse, parce qu’Il est làEt c’est Lui qui me donne ce bonheur. Je vis de plus en plus de ce rapport au Christ, non seulement parce qu’Il vit en moi mais également, grâce à cet amour fraternel que j’expérimente en communauté.

pain_et_poisson

Mon image préférée: Sur cette gouache, je trouve que le Christ rayonne … de cette paix, qui me permet de Le distinguer entre tous. Il est pourtant simple … si humble, si tranquille, en paix. Et en même temps qu’Il rompt le pain, Il semble qu’Il est en prière… C’est tout Son être qui me captive, m’intéresse.

Phrase biblique: « Car rien n’est impossible à Dieu », cette phrase du Nouveau Testament constitue pour moi un résumé de l’action de Dieu au long de ma vie, car c’est Lui qui m’a permis de me sortir de toutes ces situations où je voyais bien que c’était impossible par moi même. Il m’apprend tout, me met en confiance. Chaque jour j’apprends à faire un pas de plus dans cette direction, même si parfois il y a des écueils… inévitables ! la confiance, c’est difficile pour moi, mais… j’ai un très bon professeur ! :-)

Mon plus grand désir: que Jésus soit connu et aimé tel qu’Il est véritablement, c’est-à-dire profondément humble, moi c’est ça qui me touche… et si on savait à quel point Dieu est humble ! Et quand on le connaît vraiment tel qu’Il est, on ne peut que l’aimer. Il m’a eue !

Une soeur carmélite

Huitième témoignage : Vivre en présence du Seigneur fait ma joie

Je suis au carmel depuis cinq ans. J’ai grandi dans une famille catholique pratiquante et j’ai reçu une éducation chrétienne assez tôt mais avec les années, on choisit de vivre soi-même sa foi, ce n’est plus seulement ce qu’on nous a inculqué.

A l’époque où j’étais au lycée, un soir pendant ma prière j’ai ressenti le désir d’être toute donnée à la prière. Je ne pensais pas pour autant à la vie religieuse, j’avais d’autres projets, mais en relisant mon cheminement je vois aujourd’hui que c’est à ce moment-là que le Seigneur m’a appelée, appelée à une vie de prière.

Image_Marie_AgnsUne fois que les choses se sont précisées et que j’ai su que le Seigneur m’attendait dans la vie consacrée, je suis partie sur Paris car aucune des communautés religieuses de ma ville ne m’attirait. A Paris, j’ai visité pas mal de communautés et un jour, par hasard, je me suis retrouvée derrière le Sacré Cœur de Montmartre, où il y a un carmel. Sans avoir prévenu avant, j’ai frappé à leur porte et demandé à rencontrer la mère prieure qui m’a reçue, un peu étonnée de me voir là d’autant qu’il y avait des carmels dans ma région d’origine ! Je lui ai raconté mes recherches et elle m’a donné une petite brochure, L’idéal des carmélites. Je l’ai lue, et j’ai découvert que la spiritualité carmélitaine correspondait à ce que je cherchais : une vie cloîtrée, et centrée sur l’union à Dieu par l’oraison. La prière, c’est le nœud de ma vocation et ce qui m’a aidée à discerner du début à la fin. Le carmel est le seul ordre qui met l’accent sur l’union à Dieu par l’oraison. Nous sommes tous, laïcs aussi, appelés à cette union à Dieu ; mais le carmel nous propose ce chemin particulier de l’oraison que je sentais être le mien.

C’est mon père spirituel, qui connaissait la prieure du carmel de Lisieux, qui m’a conseillé de venir ici. J’aurais pu repartir sur Paris et entrer à Montmartre mais au fil des mois les choses se sont précisées et j’ai compris que j’étais appelée à Lisieux. Cela ne s’est pas passé comme je l’attendais, je croyais que cela allait être une grande grande joie (à force de chercher tu te dis que quand tu vas trouver le lieu où le Seigneur t’appelle ça va être quelque chose d’extraordinaire !) mais je ne l’ai pas vécu comme ça, je suis toujours restée dans une paix, dans une joie paisible intérieure qui m’est restée et qui m’accompagne. Cette joie intérieure m’habite, me guide et me soutient. Il faut du temps pour s’habituer à cette vie à laquelle le Seigneur nous appelle ; mais la présence du Seigneur à nos côtés est une source de  joie, qui ne se voit pas forcément à l’extérieur mais qui est réelle, et qui représente ma force intérieure pour avancer, une joie paisible et profonde liée à la présence du Seigneur.

La Parole qui m’habite est « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », elle exprime cette union à Dieu qui m’attire. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisi » me semble bien aussi définir ma vocation. C’est vraiment un appel du Seigneur, avant j’avais des projets tout autres. En toute liberté je lui dis oui, mais le choix vient du Seigneur qui me fait tenir.

J’aime beaucoup l’image du Christ miséricordieux de Sainte Faustine. J’aime bien aussi Sainte Faustine et nos saints du Carmel que j’apprends à connaître.

Le désir qui m’habite est celui de rester fidèle à ma vocation et d’essayer de faire davantage la volonté du Seigneur, ce qui n’est pas évident. L’essentiel est de se laisser conduire et je n’ai pas d’autre désir que d’être là, fidèle à Dieu et à ce qu’Il veut de moi.   

Une soeur carmélite

Neuvième témoignage : l'épouse du Christ


Im_Madeleine_3Je suis d’une grande famille (46 neveux et nièces, 98 petits-neveux et nièces, et déjà presque 40 à la génération suivante, sans compter les « valeurs ajoutées » !) et je reste unie à tous grâce à mes frères et sœurs qui font le lien. Une famille chrétienne où j’ai appris très tôt à aimer Jésus et à prier. Une de mes grandes sœurs  m’a admirablement bien préparée à ma première communion, tout comme sa sœur Pauline avait préparé Thérèse. Pour moi ce fut une vraie rencontre avec Jésus vivant ressuscité, qui m’a marquée pour toute la vie.

Malgré tout je voulais me marier et avoir beaucoup d’enfants, faire un beau mariage d’amour et je rêvais d’être fiancée pour mes dix-huit ans. Mais à cet âge-là s’est posé la question de donner ma vie à Jésus, après la lecture d’Histoire d’une âme. Alors j’ai fait une retraite et j’ai dit le « oui » à Jésus, un « oui » d’amour, à lui qui m’aimait personnellement au point de me demander de me donner à lui, de lui consacrer toute ma vie. C’était comme des fiançailles avec Jésus, et donc à 18 ans j’étais bien fiancée ! Je me suis amusée à faire deviner à mes sœurs avec qui…

J’avais donné ma vie à Jésus mais où vivre ce don ? Pour moi  la vie contemplative ne faisait aucun doute, j’avais un grand désir d’aimer Jésus et mais aussi de le faire aimer, d’avoir une vie missionnaire. Et de penser que Thérèse était devenue Patronne des Missions en ayant vécu au carmel m’a indiqué le chemin.

Dès mon entrée au carmel, j’ai essayé de vivre très fort la petite voie de Thérèse. Avec elle, être un petit enfant pour faire plaisir à jésus et petit-à-petit, avoir un cœur filial vis-à-vis du Père. Et surtout, ma vocation c’est d’être épouse de Jésus et donc de participer à son œuvre de salut. Je voulais être pour Jésus une épouse qui l’aime, lui faire confiance à travers tout.

Jésus m’a montré la voie de la miséricorde : je baigne vraiment dans la miséricorde de Dieu. Je reste avec plein de limites, de choses que je n’arrive pas à faire. Après cinquante ans de vie au carmel avec Jésus, je suis SÛRE de sa fidélité à lui. Je pense qu’il me donnera d’être fidèle jusqu’au bout, mais je n’arrive pas à être à la hauteur de la réponse ; c’est pour ça que je baigne dans la miséricorde, et je baigne aussi dans la miséricorde pour le monde.  Comme dans toute vie, j’ai reçu des blessures, en particulier pendant la guerre ; on reste avec ces blessures jusqu’au bout, mais il y a des choses qui se transforment par la grâce de Dieu et il y a des moments où on est comme sur le « divan de la Miséricorde » (rire). Le texte d’Ézéchiel sur le fleuve qui sort du côté droit du temple m’a parlé longuement depuis mon entrée au carmel, car c’est ce fleuve de la miséricorde qui sort du côté du Christ, du cœur de Jésus. Et c’est aussi le fleuve de l’Esprit, j’ai un grand désir de l’Esprit Saint.

Im_Madeleine_2J’avais le désir, et j’ai reçu une grâce dans ce sens-là, d’entrer dans le cœur de Jésus pour sauver avec lui tous les hommes ; entrer dans la miséricorde pour moi, pour tous. Jésus est le soleil de ma vie. J’ai un grand amour de la nature et pour moi le plus beau symbole de Jésus,  c’est le soleil parce que Jésus transfigure tout lorsqu’il se rend présent. Comme le soleil, il est toujours présent, même si on ne le sent pas toujours.

Comme image, j’ai choisi de vous montrer ce Christ dont j’aime la douceur et l’attitude d’abandon. Mais surtout, la plaie de son cœur ouvert par laquelle nous pouvons entrer. J’ai beaucoup prié en contemplant ce Christ. J’aime aussi Jésus ressuscité apparaissant à Marie Madeleine de Fra Angelico. C’est dans un jardin et Jésus est pris pour le jardinier, alors pour moi qui est la jardinière du carmel, ça me parle beaucoup. Et puis Jésus appelle Marie par son nom et la fait, selon l’expression de Thérèse, « apôtre des apôtres » par pure grâce. Il nous appelle aussi à être apôtre des apôtres, c’est un aspect de notre vocation de carmélite.

Je suis une carmélite heureuse, et si heureuse d’être à Lisieux, d’être portée par Thérèse qui est vraiment devenue pour moi une petite sœur présente en moi.

Une soeur carmélite

Dixième témoignage : j'ai cherché le bonheur... et je l'ai trouvé ! 

Professe temporaire, je suis depuis six au carmel de Lisieux.  Mon appel à la vie religieuse a été tardif en relisant ma vie je vois que le Seigneur m’attendait.Il m’a appelée tard, j’ai eu toute une vie avant, une vie de recherche : depuis toute petite, je cherchais le bonheur.

Je suis née dans une famille catholique pratiquante, mais en grandissant j’ai pris des distances avec  la pratique religieuse, mais pas avec Dieu. Alors, dans des librairies,  j’ai cherché du côté des spiritualités parallèles, de la psychologie, de la connaissance de soi... J’allais dans les rayons ésotériques, sans prendre cependant des choses mauvaises comme de la magie ou du new-age, je faisais la différence grâce aux repères reçus dans mon éducation catholique. Dans un magasin spécialisé, j’avais acheté un petit livre de poèmes qui s’appelait « Les fleuves d’eau vive ». C’était comme si le Christ s’y adressait à moi et là j’ai été « pêchée », le Seigneur m’appelait à revenir vers lui. Et dès ce jour mon objectif a été de revenir dans l’Eglise catholique. J’ai mis deux ans.  Par des amis je suis entrée en contact avec un groupe de prière et c’est à partir de là que mon chemin spirituel avec Jésus a pris un second souffle. Ça a été un nouveau départ dans la radicalité et la pratique religieuse. Mais cela n’a pas été sans combats.

DSC_0249_1Huit années de combats, de prières, de purification, de souffrances ont suivi. J’avais soif de Dieu mais je voulais me marier, avoir des enfants, c’était pour moi la voie du bonheur. Tendue comme j’étais vers le mariage, et comme l’âge avançait, c’était la guerre avec le bon Dieu, un vrai combat de Jacob ! Je lui en voulais parce qu’il ne m’exauçait pas ; il y eut une année où je remettais tout en cause : la pratique religieuse, la foi,…  mais en même temps je ne voulais pas désespérer. Une parole me revenait, avec laquelle j’ai beaucoup avancé : « Seigneur, à qui irais-je ? C’est toi qui a les paroles de la vie éternelle ».

Et puis j’ai reçu une grâce de guérison intérieure. En priant les psaumes, j’ai senti une chape de plomb me tomber des épaules ; c’était comme le sourire de la Vierge pour Thérèse, en un instant tout est parti. J’étais chez moi toute seule, mais  le Ciel était là. Ce jour-là, j’ai reçu la paix de Dieu et elle demeure encore aujourd’hui.

Peu après, par le truchement d’un livre, j’ai reçu la grâce de comprendre l’amour crucifié du Seigneur, ça a été un coup dans le cœur, et j’ai alors fait l’offrande de ma vie au Seigneur. C’était un moment très fort, où j’ai dit à Jésus : « Seigneur, que puis-je faire pour toi, pour te faire aimer, pour être ton disciple ? » De ce jour le Seigneur m’a vraiment guidée. Mais j’étais encore loin de penser à la vie religieuse.

Je cherchais un chemin de perfection ; et un jour je trouve un livre sur Thérèse qui disait qu’elle avait une petite voie toute courte, toute droite pour aller au Ciel. C’est ce que je cherchais ! Cette petite voie, elle est pour moi.  J’ai alors désiré faire un pèlerinage à Lisieux pour connaître sa doctrine.

Ce pèlerinage m’a profondément marquée, en particulier  cette mosaïque au centre de la basilique qui montre  le Christ, et à ses côtés Thérèse et la Vierge ouvrant son manteau aux brebis qui viennent à lui ; cette image m’a tellement parlé que je pourrais en écrire un livre, toute ma vie y était. C’était moi la brebis.

Im_ElisabethJ’avais la certitude qu’à l’issue de ce pèlerinage le Seigneur allait me montrer ce qu’Il voulait de moi. Trois semaines après, j’ai reçu l’appel à la vie religieuse, comme une évidence ! C’était comme quelque chose qui était inscrit en moi mais que je ne voyais pas auparavant. J’ai reçu l’appel « Va, quitte ton pays… », avec Thérèse derrière. J’ai donc naturellement pensé au carmel. Je suis allée voir le carmel à côté de chez moi, prête à y entrer, mais je n’arrivais pas à faire le pas. Alors mon accompagnateur m’a aiguillée sur Lisieux. Et quand je suis arrivée au monastère ici, ça a été un accueil spirituel, pour ainsi dire l’enlacement de mon âme, je ne peux pas l’expliquer, comme une étreinte : « C’est ici que je te veux ».

Je ne voulais pas de demi-mesure  et j’ai trouvé au carmel l’idéal que je cherchais : le Christ, Jésus est l’amour que je cherchais. Certes, j’avais aussi un profond désir de maternité et cela a été une blessure d’y renoncer, mais Jésus m’a guérie là aussi et je découvre maintenant une maternité vis-à-vis des âmes, c’est cette maternité spirituelle que Dieu me donne et je verrai au Ciel tous mes « enfants ».

L’image qui me parle, c’est celle de la Sainte Face. Autrefois, je l’avais chez moi mais pendant longtemps je n’arrivais pas à la fixer longtemps tant elle me disait trop de choses. Désormais elle est dans ma cellule au carmel, je la regarde et je ne peux plus m’en détacher, elle m’attire !

La Parole de la Bible qui m’habite tout le temps : « Je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Je l’ai compris au plus profond de moi, ce « comme » : lavez-vous les pieds les uns des autres, supportez-vous les uns les autres, c’est capital en vie communautaire. Quand on comprend ce « comme », ça change tout !

Mon grand désir, c’est que le Royaume de Dieu arrive, son Royaume d’amour, dans tous les cœurs. Jésus, Maranatha !

Une soeur carmélite

Onzième témoignage : Du désert d'Afrique au désert du carmel

Avant d’entrer au Carmel, j’ai passé vingt ans en mission dans une congrégation apostolique vouée à l’éducation. J’y étais entrée à 21 ans pour répondre à l’appel du Christ et parce qu’en ce temps d’avant-concile, la prière tenant une très grande place je pensais que là je serais toute à Lui sans autre occupation !  Après le Concile, l’aggiornamento a permis aux sœurs de redécouvrir leur charisme et de voir qu’elles avaient été fondées pour exercer leur ministère d’éducation auprès des plus pauvres et en vivant au milieu d’eux. Dès ma Profession, j’avais été envoyée en mission pour ouvrir un collège de jeunes filles et 10 ans plus tard, pour une nouvelle fondation, une petite fraternité en plein désert où un imam nous avait appelées pour former les jeunes filles d’une école coranique. Expérience extraordinaire, d’une vie de priante au milieu de priants d’une autre religion…

DsertLorsque des jeunes du pays ont été capables de nous remplacer, notre service étant terminé je suis retournée en France et là cela a été le choc ! Je ne me retrouvais plus dans ma congrégation même si j’aimais beaucoup les sœurs, mais leur projet de vie ne correspondait plus à mon appel profond. Encouragée par mes supérieures, j’ai alors entamé un discernement qui m’a conduite au carmel : je venais du désert d’Afrique, je retrouvais le désert au carmel.

Je suis entrée dans un carmel en fondation heureuse de retrouver les longs temps d’oraison, tels je les avais vécus au désert, mais une fois encore le Seigneur est venu bousculer ma tranquillité et juste après ma profession, j’ai été nommée prieure, pas de chance !

Une fois fini mon priorat, je me disais que j’allais pouvoir vivre plus la solitude, et voilà qu’on me demande d’être prieure dans un autre carmel. Là, j’ai fait l’expérience très forte que c’est vraiment Dieu qui mène ; toi tu réponds oui ou non, mais c’est un Autre, qui tient les rênes, et si tu dis « oui » à Celui qui t’appelle, tu lui signes un chèque en blanc: tu signes, mais tu ne sais pas pour quoi ! Tu fais confiance.

Avec le recul, je me rends compte qu’il en a toujours été ainsi dans ma vie : j’ai répondu le premier jour, mais j’avais mon petit programme bien fait, et puis j’ai tout le temps été bousculée, appelée ailleurs et c’est ce qui est beau : en suivant Dieu tu ne sais pas ce qui t’arrivera mais tu ne t’appuies pas sur toi, tu t’appuies sur Lui et si tu t’appuies sur Lui, tu es sauvé ; parce que toi seul tu n’es qu’un « pauv’type » mais Lui cela ne lui fait pas peur !

Forte de ma propre expérience, je vois que ce côté vulnérable me plait dans les êtres, les blessures ne me font pas peur, bien au contraire, car elles sont des portes d’entrée pour Dieu sinon il n’y a pas de place ! La seule chose qu’il nous demande c’est de nous appuyer uniquement sur Lui et il faut du temps pour le comprendre. Dieu on ne le voit pas (moi je ne l’ai jamais vu !) mais on le voit « de dos » : tu relis ta vie et tu te dis : « c’est incroyable, il était là et je ne le savais pas !». C’est lui qui appelle, oriente, répare, envoie… Bien sûr, c’est dans la foi, parce que je n’y vois pas plus que les autres, et nous aussi toutes carmélites que nous sommes, nous ne voyons rien venir souvent !

Im_DominiqueCe qui est très important pour moi, c’est la relation. En vivant avec des musulmans, j’ai réalisé que le propre de la religion chrétienne c’est que notre Dieu est un Dieu de relation. A l’image de la Trinité nous avons à entrer en relation avec chaque personne à ce niveau de profondeur même s’il n’est pas toujours exprimé avec des mots. Tout est relation, et le péché c’est de couper la relation avec Dieu ou avec les autres. Quand j’étais en mission, je me donnais à 100%, et au carmel, mon cœur s’élargit, ce n’est plus seulement tel ou tel pays, même si ce que vit en ce moment le monde musulman m’habite spécialement, c’est le monde entier avec lequel j’entre en relation par la prière.

Et Thérèse… ?Elle est unique, et je pense qu’elle est un très bon guide pour notre génération car elle rejoint les gens là où ils sont ; les blessés, elle n’en a pas peur, et elle leur fait faire le pari de la confiance, le pari de ne s’appuyer que sur Dieu. Tant de jeunes aujourd’hui sont cassés - et elle était bien cassée elle aussi – et elle nous montre qu’il n’y en a qu’Un qui peut mettre debout et mettre sur la voie de l’Amour. Et pour ça, Thérèse, elle est extra !

Le passage de l’Evangile qui me rejoint le plus, c’est Jean 17 :

« Pour eux je me consacre moi-même…afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux.

L’image qui me touche, c’est celle de la Trinité de Roublev : chaque personne est toute tournée vers l’autre… la relation une fois de plus ! J’ai une amie artiste qui m’a envoyée une Trinité magnifique où la relation entre Dieu et l’homme est si bien représentée : pour Dieu, l’homme est au centre, et le Père, le Fils, et l’Esprit sont penchés sur lui pour l’entourer et le servir ... L’amour n’est pas statique, il circule ! Invitation à entrer dans cette spirale de l’Amour !

Une soeur carmélite

Douxième témoignage : entrée au carmel pour vivre "collée à l'Essentiel"

J’ai été élevée dans une famille catholique, mais ma foi est devenue vraiment vivante lorsqu’à l’âge de douze ans j’ai lu une petite vie de Thérèse qui m’a passionnée. A cette lecture, j’ai ressenti un désir violent de devenir carmélite, et j’ai demandé régulièrement cette grâce au Seigneur. Mais arrivée à l’adolescence, au lendemain de ma confirmation, j’ai tout lâché, je ne voulais plus entendre parler de Dieu ; cependant quelque chose de lui, comme une petite graine est toujours resté éveillé dans mon cœur, quoi que j’aie fait loin de lui.

Im_Marie_AurlieEt puis à l’âge de 27 ans, en 2002,au cours d’une période douloureuse de ma vie, conduite par ma grand-mère à une messe (à laquelle j’allais car je n’avais « rien d’autre à faire »…), j’ai pris subitement conscience  que je faisais n’importe quoi de ma vie, loin de Dieu. Alors, peu à peu, je me suis retournée vers Lui : j’ai repris une vie chrétienne, en disant le chapelet et en allant à la messe chaque jour. Mais surtout en février 2003, j’ai été vraiment sauvée à Medjugorje où j’ai vécu une profonde rencontre avec Dieu.

Pendant l’été 2004, l’appel à la vie religieuse est revenu, et puis j’ai rencontré une communauté où j’ai cru trouver mon chemin, le Foyer de charité de Chateauneuf-de-Galaure. J’ai quitté l’Education Nationale où je travaillais dans cette perspective. Mais j’ai constaté avec une grande déception que cette vie en Foyer de charité ne me convenait pas. Une soif de prière et de silence restait inassouvie.

Pour Pâques 2005, une amie m’a proposé de nous rendre à Lisieux. Une fois arrivées, elle m’entraîne voir une sœur qu’elle connaissait, qui en me voyant ne dit rien du tout, et ni une ni deux, appelle la prieure. Un véritable coup monté, car en fait mon amie avait dit que je venais pour discerner une vocation ! J’ai raconté ma vie à la prieure (il fallait bien raconter quelque chose !), et au bout de l’entretien elle me dit : « Bon écoute, pour un stage il faudra attendre janvier prochain », mais moi je n’avais rien demandé !...

La prieure me conseilla de lire Le chemin de perfection de Thérèse d’Avila, ce que j’ai fait avec avidité, trouvant en elle une nouvelle amie. Le désir d’entrer au carmel grandit, et se fit même violent. Mais pourtant je ne voulais pas y céder car pour moi le carmel représentait un rêve, un caprice d’enfant auquel je ne voulais absolument pas céder. Et surtout je ne voulais pas me planter dans le discernement. J’ai pédalé de toutes mes forces en arrière car je voulais faire la volonté de Dieu, et non me tromper en suivant ce qui me tenait à cœur à moi. Jusqu’à ce qu’à un moment une cascade de signes et de lumières très clairs me montrent que le Seigneur m’attendait bien là ! Aujourd’hui je rends grâce de ce cheminement car je vois que si je suis entrée au carmel ce n’est pas parce que j’ai suivi mon petit programme ni mon caprice, mais vraiment parce qu’un Autre menait ma barque.

Im_Marie_Aurlie_2Ce qui m’a attirée au carmel c’est la prière, le silence et surtout le désir de « coller à l’Essentiel ». Quand on vit dans la solitude et la clôture, il n’y a aucune échappatoire ; je trouve ça merveilleux, car c’est pour moi une vie condensée où on vit à fond tout le temps, collée à l’Essentiel. Il n’y a aucune distraction, tu es face à toi-même (une drôle de claque soit dit en passant). Avant d’entrer, je ressentais un grand vide qui ne pouvait être comblé par
rien alors qu’aujourd’hui quelque part je suis comblée, quelque chose s’est apaisé en moi, même si on vit beaucoup de combats. On nous croit bien protégées, bien à l’abri de tout, mais les murs de la clôture sont « on ne peut plus » poreux : je crois profondément que tout ce qui se vit dans le monde, tout ce que l’on peut ressentir, se vit ici dans notre propre cœur. Et c’est comme cela que nous vous rejoignons et que nous sommes en communion avec vous. J’ai le sentiment profond d’être ici à ma place ; et quoi que j’aie pu vivre depuis mon entrée, la certitude que je ne serais pas heureuse ailleurs ne m’a jamais quittée.

Thérèse, à la base, c’est elle qui m’a eu. Elle m’a toujours suivie, toujours accompagnée, et en certains points nous avons un itinéraire et des traits de caractère semblables, je me retrouve bien en elle. Elle est pour moi bien plus qu’une amie ou même qu’une sœur, elle est comme ma marraine. J’ai une relation très proche et très familière avec elle, des fois je la gronde quand elle ne fait pas ce que je veux !

La phrase de la Bible que j’ai choisie pour ma profession est « Que ta volonté soit faite ». C’est ce que je désire pour ma vie, ainsi que je serai heureuse.

Le grand désir qui ne m’a jamais quittée depuis que j’ai retrouvé la foi est celui de sauver les âmes avec le Christ et de lui être totalement configurée.

Une soeur carmélite

Treizième temoignage : une branche de pommier m'a conduite au carmel 

Je suis née dans une famille de paysans catholique. Mes parents pratiquaient quand j’étais jeune, puis papa a commencé à s’éloigner de la foi. Assez petite, je pensais à la vie consacrée car ma marraine était religieuse enseignante à Madagascar. Puis, vers l’âge de neuf-dix ans, je suis tombée sur une image dans un tiroir de la maison : un petit garçon à genoux sur un prie-Dieu, avec inscrit en dessous : « Oui Jésus je serai votre prêtre ». Je dois dire qu’en voyant cela, j’étais un peu frustrée d’être une fille ! Mais cette image est restée dans mon coeur.

Im_SimoneQuelques années plus tard, j’allais un matin de printemps donner  à manger à des poulets. Je portais un seau d’eau et un seau de grain, et je devais passer sur un petit sentier où se trouvait un pommier et ce jour-là, une branche s’en détachait. Elle était en fleur, lourde de la rosée du matin, c’était magnifique. Saisie, j’ai posé mes deux seaux par terre ; je ne sais pas combien de temps je suis restée devant elle en silence, j’étais en contemplation et me disais : « Si ça, c’est déjà tellement beau, que doit être Dieu ! » Cette vision m’est toujours restée, et j’en vis encore.

Quand j’avais quinze ans, une fille de mon entourage entra au carmel, et j’entends encore maman me dire froidement : « Au moins ta marraine, elle sert à quelque chose, alors qu’une carmélite ne sert à rien ». Alors immédiatement dans mon cœur jaillit cette certitude : « Je serai carmélite, car je ne veux pas servir à quelque chose, je veux que ce soit gratuit. »

Mes parents étaient contre ma vocation, surtout papa, je ne pouvais leur en parler. Puis, alors que j’avais dix-huit ans, je me suis rendu à un mariage, et j’y ai rencontré un jeune homme. Il partit faire son service militaire, d’où il m’écrivait. Nous eûmes une correspondance de plus en plus proche et je découvrais ce qu’était une affection belle, dans le Christ. Mais alors, ma vocation religieuse ? Je ne pouvais pas rester entre deux chaises, je devais choisir. Je me revois encore dans un toit, une lettre de ce jeune homme à la main, me disant : « Aujourd’hui, tu choisis ». J’ai fait une balance (plus tard j’appris que c’était la méthode ignatienne !) avec le pour et le contre : « Si je me marie, que se passera-t-il dans mon cœur ? Est-ce que quelque chose me manquera ? » Je m’imaginais avec mon mari, mes enfants, et ce regret de la vie religieuse qui rejaillirait sur nous. « Et si je suis religieuse, qu’est-ce que ça me fera ? Quelque chose me manquera-t-il ? » J’avais beau cherché, je ne trouvais rien, la paix m’envahissait à cette idée, or l’Esprit Saint est toujours du côté de la paix. Alors ce jour-là, j’ai choisi. J’ai écrit au jeune homme pour le lui expliquer et il m’a répondu : « Je ne veux pas mettre des bâtons dans les roues. » Je rends grâce pour cette rencontre, car j’ai ainsi vraiment pu choisir entre le mariage et la vocation religieuse.

J’étais obligée d’attendre ma majorité (21 ans à l’époque)  pour partir, car mon père était si opposé à ma vocation qu’il aurait mis les gendarmes à mes trousses si j’étais partie avant ! A plusieurs reprises, je lui demandai l’autorisation de partir, mais il ne me répondait pas, aussi je résolus de faire mes préparatifs sans le lui dire. Avec mon parrain, nous avions acheté en douce une malle et un trousseau avec l’argent que ma grand-mère, de connivence avec moi, gagnait en fabriquant et vendant des fromages. Un prêtre avait pendant ce temps-là  arrangé mon entrée dans une congrégation missionnaire à Menton. La veille au soir de mon départ, alors que mes parents étaient sortis, je réunis mes frères et sœurs, leur donnai mes petits trésors et puis leur annonçai que je les quittais. Le lendemain matin, je suis partie dans la nuit noire, en bicyclette,  prendre le car qui me conduirait chez mon parrain. Pour la deuxième fois de ma vie, j’allais prendre le train, et pour la première fois traverser la moitié de la France, et rejoindre une communauté qui allait m’envoyer en Afrique : la grande aventure commençait !

entrée là, et non au carmel comme je l’avais d’abord désiré, en pensant à mes parents : je croyais qu’une vocation où l’on « fait quelque chose » serait plus facile à comprendre pour eux, mais ce ne fut pas le cas. Aujourd’hui je me rends compte que je n’étais pas prête, alors, à vivre la vie du carmel et je crois que l’Esprit Saint, qui écrit droit avec des lignes courbes, m’a guidée là. Je rends grâce tous les jours d’avoir vécu plus de vingt ans dans une congrégation missionnaire, ma vocation de carmélite s’ancre sur cette époque de ma vie, qui m’a ouverte sur le monde.

Après mon postulat et mon noviciat à Menton, on m’a envoyée faire des études d’infirmière en Suisse. J’avais quitté l’école à quatorze ans et ce n’était donc pas évident, aussi je me disais : « Si j’arrive la dernière, ça ne fait rien, mais pourvu que je passe ! » Et je suis passée, au bout de trois ans. Puis, avant de partir pour l’Afrique, on me proposa de retourner voir mes parents, qui n’étaient jamais venus me voir. J’ai passé quinze jours chez moi, et pendant ce séjour mon père ne m’adressa pas la parole. Quand je l’appelais « papa », c’était comme si je disais un gros mot. Les vingt années qui suivirent, il refusa de me parler puis, après le décès de maman, nous reprîmes contact. Même s’il n’accepta jamais ma vocation, la relation devint au moins humaine et aujourd’hui qu’il est au Ciel je sais qu’enfin, il comprend.

1Je partis en Afrique, tout d’abord dans un dispensaire de brousse au Togo (bonjour le contraste avec l’hôpital suisse ! Il ne faut pas être trop regardant du côté des petites bêtes…). Puis je rejoignis la Côte d’Ivoire dans un dispensaire d’état. Je pratiquais des accouchements, mais en tant qu’infirmière je ne me sentais pas assez formée, aussi je demandais à reprendre des études de sage-femme. Mon diplôme en poche, je retournai en Côte d’Ivoire, à 100 kms de mon ancien poste. La maternité se construisait, sans eau ni lumière dans les premiers temps : la nuit pour les accouchements je devais me servir d’une lampe tempête, dont la lumière attirait des foules de petites bêtes qui me grimpaient sur les jambes ! Quand des cas spéciaux se présentaient, il fallait les emmener dans un hôpital à 60 kms, aussi combien de femmes n’ai-je pas accouchées dans la voiture même, avec ma lampe de poche accrochée entre mes dents ! Pendant les dix ans que j’ai vécus ainsi, j’ai mis au monde plusieurs milliers d’enfants…

Au milieu de tout ça, je pensais en moi-même chaque jour à ma vocation de carmélite. J’étais très heureuse là où j’étais, dans ma vocation de sage-femme et dans ma congrégation. Mais je me disais : « je suis dans un petit morceau de la Côte d’Ivoire, qui est un petit morceau du monde, moi je veux plus grand que ça ! », et j’étais sûre qu’au carmel, le monde entier s’ouvrirait à moi.

J’en parlai à ma supérieure générale, qui m’envoya faire une retraite de discernement chez les jésuites. Là, le père me conseilla de repartir en Afrique, de laisser de côté le carmel, de vivre ma vie de missionnaire à fond et alors je verrais si cela suffisait. Ce que je fis donc, mais impossible de ne plus penser au carmel ! Quand c’est inscrit en soi… Alors quand je refis une retraite avec le même père et qu’il me dit que c’était une illusion, une crise de la quarantaine, je n’en démordais pas et lui écrivis un résumé de ma vocation : il concéda alors qu’il y avait peut-être une « petite étincelle », pour moi c’était suffisant ! Aussi, avec l’accord de mes supérieures, je fis un stage au carmel de Lisieux, où j’entrai définitivement le Lundi Saint 1982. Non pour Thérèse, je l’avoue, mais parce que je discernais que là je pourrai enfin vivre pleinement ma vocation de carmélite.

Ce qui m’a attirée au carmel, c’est le silence, la prière, la solitude et cette liberté de rejoindre le monde entier. Au carmel, il n’est nul besoin d’échelle pour sauter les murs, on rejoint le monde par notre prière. Un jour, une amie vient m’y voir et très étonnée, me demande : « Mais enfin qu’est-ce que tu fais là ? » Cette question m’a travaillée, et je me suis dit que si je suis au carmel uniquement pour que les autres se posent cette question, c’est déjà quelque chose. Une autre fois, un missionnaire m’écrivit de Côte d’Ivoire et me raconta que peu avant, au fin fond de la brousse, atteint d’une fièvre qu’il pensait mortelle, il a tout à coup pensé à moi au carmel, qui priais pour lui… et ça l’a requinqué. Sa lettre m’a requinquée aussi, car elle m’a rappelée que j’étais là pour les autres, pour les prêtres, pour tous ceux qui ont besoin d’aide. Ma mission continue ainsi. Et puis elle continue aussi par l’accueil des groupes, des pèlerins, car le monde entier vient aussi à Lisieux !

Im_SimoneQuand je suis entrée, j’ai retrouvé ma branche de pommier : ne rien dire devant Dieu, le contempler. Mon grand désir aujourd’hui ? Quand on aime quelqu’un, on veut le voir, alors mon grand désir, c’est de voir Jésus !  S’il me dit d’attendre, j’attends, car il est vrai que quand on s’aime on peut attendre, mais je suis tendue vers cette ultime rencontre et si c’était demain… ma joie !

Une soeur carmélite

14e temoignage : entrée au carmel pour vivre comme therese, unie à dieu pour tous ! 

Je suis née dans une famille catholique pratiquante, je me souviens de mon éducation chrétienne, de la prière en famille le soir ; les écoles aussi étaient des écoles chrétiennes, tenues par des religieuses, où la prière faisait partie du programme quotidien. J’ai donc eu la chance de grandir dans cette ambiance très porteuse. Et toute enfant, je disais à qui voulait l’entendre que moi aussi, je serai religieuse.

1Lorsque j’ai eu treize ans, mes parents ont fait le choix de m’envoyer en pension dans une maison spécialisée dans le discernement des vocations, avec une formation à la vie consacrée, ce qu’on appelait alors école apostolique. Ainsi, quelques années plus tard, à l’âge de seize ans, j’ai fait le pas d’entrer au postulat, la première étape de la vie religieuse, dans la communauté des sœurs qui tenaient cette école. Je n’étais pas beaucoup plus âgée que Thérèse à son entrée au carmel ! C’était une autre époque, celle d’hier… voire d’avant-hier !

Dans la formation reçue dans cette école et au noviciat, il était beaucoup question de la petite Thérèse. Et pendant ces années-là,petit à petit, dans le fond de mon cœur, n’en parlant à personne qu’au Seigneur et à la Sainte Vierge, je me disais que cette vie menée par la petite Thérèse serait tellement bien pour moi aussi. J’ai gardé cette intime conviction pendant des années, et des années, et des années ! Je m’étais engagée dans ma congrégation, j’avais prononcé mes vœux mais je savais que je pouvais demander un autre statut de consécration religieuse, et donc demander un ordre contemplatif. Ce que j’ai finalement fait avec l’accord de mon directeur spirituel.

Voilà désormais plus de quarante ans que je suis donc au carmel de Lisieux, et j’y suis une carmélite heureuse, c’était vraiment mon chemin. Ce qui m’attire dans la spiritualité du carmel, c’est le don total, la prière. C’est le fait d’être en silence devant le Seigneur, comme le dit notre règle : « tu es vivant, Seigneur, devant qui je me tiens. » Etre présente au Seigneur, un peu à la manière de la Sainte Vierge. Ce compagnonnage, cette amitié, cette présence au Seigneur, et puis la vocation de prière pour le monde entier, voilà la spiritualité du carmel dont je vis.

Cette vie de prière, nous la vivons dans la foi, sans voir, sans savoir. Ce n’est pas tous les jours si facile d’aller à la prière ! La prière est un combat, un combat qui rend heureux. On y vit de très grandes joies mais aussi ces combats, comme quand la petite Thérèse nous dit qu’elle est devant un mur. Le Seigneur permet ainsi des passages où Il nous attend pour nous faire grandir, mais pour grandir on doit se faire tout petits afin qu’Il puisse nous prendre dans ses  bras et nous porter plus loin ! La prière est absolument essentielle au monde entier, pour chaque personne, et nous devons intercéder pour ceux qui ne pensent pas à prier, qui ne le veulent pas, ne savent pas.

Thérèse, pour moi, c’est mon modèle, ma grande sœur, une amie qui m’accompagne. Elle est unique cette petite Thérèse, elle a réponse à tout, tout le temps ! Le Saint Esprit passe à travers toutes ses paroles. Et quelle grâce de vivre dans son carmel, je peux dire qu’on s’attend presque à la croiser au détour d’un couloir ! J’ai l’habitude d’aller prier tous les jours dans sa cellule, et quand j’y entre, je lui dis que je lui amène tout le monde, tous ceux qui désireraient y entrer, y prier, tous ceux qui nous confient leurs intentions.

Im_ElisabethUne parole de la Bible qui m’habite ? Ah, la Bible, c’est un trésor inépuisable ! Il y a plusieurs paroles qui m’attirent les unes après les autres, par période, selon les temps liturgiques. Mais celle qui est pour moi la plus importante au quotidien est cette parole de Jésus : « Sans moi vous ne pouvez rien faire ». Je lui dis : « Seigneur, tu le vois bien ! Je ne peux rien faire sans toi, alors maintenant, aide-moi. Tu es toujours devant. C’est à moi aussi de faire le pas de te suivre. » Le mot « Viens » est donc aussi important pour moi, « Venez à ma suite ». Enfin une autre parole qui me touche est « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » Ca, c’est irremplaçable : jusqu’à la fin de ma vie le Seigneur est là et au-delà de ma vie sur terre Il m’attend. La présence est là, invisible.

Ma prière est devenue ceci depuis déjà un certain temps : « Seigneur, tu as créé chaque être humain, et chaque être, tu l’attends. Seigneur, fais que chaque être réponde à ton amour, à ce que tu attends de lui, devienne ce que tu désirais pour lui en lui donnant la vie. » Le plan de Dieu n’est pas le nôtre, nous avons à faire comme Jésus la volonté du Père,  c’est cela la sainteté.Chacun son chemin pour répondre à cet amour, chacun de nous doit écrire un cinquième évangile. On s’en va tous ensemble, la main dans la main. Dans la Trinité, ils sont trois en un seul Dieu ; et bien nous aussi nous sommes en communion les uns avec les autres pour aller à Dieu ! Alors mon désir, c’est la sainteté pour chacun, et tous ensemble !

Une sœur carmélite

15e témoignage de vocation : Tout donner pour tous au Seigneur

Chaque semaine, une carmélite nous offre son témoignage de vocation.

Je suis née dans une famille catholique, la sixième de neuf enfants. J’ai reçu la foi au sein de cette grande famille et l’ai toujours conservée. Dans mon adolescence j’ai fait partie de mouvements d’action catholique, de la croisade eucharistique, puis de la JIC (la Jeunesse Indépendante chrétienne) alors que j’étais déjà à l’université, étudiante en médecine. Ce mouvement m’a profondément marquée, c’est à ce moment-là que j’ai vraiment pris ma foi en main.

J’ai toujours su que je serai carmélite, depuis toute petite. J’avais entendu parler du carmel dans ma famille car une de mes tantes était carmélite en Chine. J’avais beau être sûre qu’un jour je serai carmélite, en même temps, cela ne me faisait pas tellement plaisir ! (rire) Comme toutes les petites filles, j’avais envie de jouer, d’être hôtesse de l’air, médecin, d’être toujours en relation d’affection et d’amitié avec les membres de ma famille et mes nombreuses amies,…

Mes parents tenaient à ce que nous ayons un métier  en main avant de nous engager dans une vocation, que ce soit le mariage ou la vie religieuse, c’est pourquoi j’ai commencé mes études de médecine. Mais au bout de deux ans d’études, j’avais l’équivalence du métier d’infirmière, je pouvais donc partir. Le bon Dieu m’a prise au cours de cette année-là : si je voulais, c’était maintenant ! Et j’ai dit oui… éblouie par son amour.

Le carmel de Lisieux, ça, ce n’était pas prévu. Il y avait un carmel dans ma ville d’origine auquel, à cause de ma tante, ma famille était très liée, et je craignais donc que nous ne soyons trop proches. C’était déjà assez douloureux de quitter ma famille (à l’époque, il y avait deux grilles au parloir entre une carmélite et ses parents !), alors je préférais que la coupure soit franche et mettre un peu de distance. Les « circonstances » m’ont conduite à faire une retraite au carmel de Lisieux.  Et voilà maintenant 48 ans que j’y suis une carmélite heureuse…

Im_Marie_BernardMais je ne suis pas entrée là pour Thérèse ! Dans la bibliothèque de mes parents, j’avais repéré vers l’âge de douze ans Histoire d’une âme, j’ai demandé à la lire, mais maman n’a pas voulu ! Bien plus tard, je l’ai trouvé en vente à la porte d’une église ; je l’ai acheté, l’ai lu et mais je ne peux pas dire que j’ai été enchantée : je trouvais que ça volait trop haut pour moi !

A vrai dire, si j’avais toujours voulu être carmélite, je ne connaissais rien de la vie du carmel ni de sa spiritualité. Ce n’est que l’année où j’ai compris que le Seigneur me demandait d’y entrer sans tarder que j’ai lu Elisabeth de la Trinité, et là je me suis dit : « C’est ça que je veux ». Cette vie de prière, de silence, pour Lui seul, le Seigneur Jésus, et pour les autres. Je me rappelle qu’un jour, en réunion d’action catholique, je disais le peu d’influence que nous pouvions avoir sur nos proches, nos collègues de travail et d’études. On avait beau vivre droitement et en chrétien, notre foi ne les intéressait pas. Alors qu’en entrant au carmel, je savais que je rejoindrai ces personnes en direct, et bien au-delà : je passerais du commerce de détail au commerce de gros si l’on peut dire mais ce commerce, c’est Dieu qui s’en occupera : au lieu d’essayer de faire du bien ici ou là dans un tout petit rayon, je donne tout au Seigneur et lui, Il répandra partout. C’est ce désir missionnaire qui m’a attiré au carmel ! Je suis énormément touchée de voir le fruit porté par la vie cachée et priante de Thérèse. Elle l’a vécue dans la foi, sans voir ce fruit, mais nous, nous avons la chance de le voir et son exemple nous prouve qu’une vie de carmélite, ça a du prix.

Ce n’est qu’ici que je l’ai réellement découverte, Thérèse, qui est vraiment présente avec nous. Petit-à-petit elle m’a apprivoisé et elle est devenue ma sœur, et je sens qu’à l’heure actuelle je vis de son message.

La Parole de la Bible qui m’habite se trouve dans Jean 4 : « Ma nourriture c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. » Il y a une volonté d’amour de Dieu sur moi, comme sur chacun, et Il m’envoie pour faire cette volonté et accomplir cette œuvre qui n’est pas la mienne, qui est l’œuvre du Père. Ce n’est pas moi qui me suis donné la vocation, je la reçois, et la reçois comme un cadeau.

Mon grand désir : voir Dieu, LE VOIR !!! C’est ce que nous désirons toutes ici…

Une soeur carmélite

16e témoignage : Aimer... Être aimée... Faire aimer l'Amour !

J’ai reçu la foi dans ma famille, dans mon école et aussi dans les « Mouvements catholiques » : la JEC et Pax Christi où j’ai reçu beaucoup, mais cela ne me suffisait pas. J’avais le désir d’aller plus loin ; mais de là à songer à donner ma vie au christ, non, pas du tout ! Jusqu’à l’âge de vingt ans, je pensais plutôt au mariage où alors je me disais que si je ne mariais pas, être missionnaire me passionnerait aussi, beaucoup de choses me passionnaient !

image_thC’est au cours d’une opération, alors que j’avais un mois d’arrêt maladie, qu’un prêtre que je connaissais depuis longtemps m’a apporté quelques livres, parmi lesquels il y avait une vie de Thérèse. Je l’ai ouverte au hasard et suis tombée sur des pages qui m’ont bouleversée : dans mon esprit, avant cette lecture, je ne pensais pas que Dieu pouvait être aussi présent à notre vie et je me disais que la sainteté n’était pas pour moi ! Lorsque j’ai lu : « je serai l’amour au cœur de l’Eglise, ainsi je serai tout », j’ai compris que tous mes désirs seraient alors réalisés par ce chemin de l’union au Christ. Cet Amour qui rayonne partout m’a complètement retournée. Je me suis alors posé très sérieusement la question de la vocation carmélitaine. J’en parlais à un prêtre, qui me dit qu’il sentait que j’avais « une âme contemplative ». Oh là là, pensais-je, où est-ce qu’il m’embarque, moi, une âme contemplative ?!? Moi qui courrais par tous les chemins à droite à gauche avec mes amies… Nous avons cheminé un certain temps, puis il m’a proposé de faire une retraite avec un Père Carme. J’étais prête à tout pour savoir ce que Dieu voulait de moi ; je serais allée à New York si on me l’avait demandé !

Et me voilà partie au carmel, où j’ai rencontré le Père Carme Victor Sion avec qui j’ai dialogué à fond. Il m’a laissée très libre, et m’a redonnée à lire les Manuscrits de Thérèse, en y soulignant ce qui me touchait. Après cet exercice, il ne faisait plus de doute pour lui que j’avais cette vocation. Je pris alors ma décision. Lui-même prit contact avec le carmel de Lisieux. Je rencontrai la maîtresse des novices, la prieure, qui me firent attendre plus d’un an car je n’avais alors que vingt ans. A cette époque, ce n’était pas si jeune, mais tout de même. J’avais hâte de rentrer, et m’étonnais qu’elles me fassent attendre. Elles m’ont d’ailleurs mise à l’épreuve, car j’étais bien centrée sur Thérèse évidemment, aussi me demandèrent-elles ce que je penserais d’aller dans un autre carmel (on a beau aimer Thérèse, on ne rentre pas au carmel pour elle !). « C’est comme vous voulez, moi je viens pour vivre avec le Christ. Thérèse m’a conduite au Christ, et c’est le Christ que je désire suivre. » Quand elles ont vu que j’étais prête à aller n’importe où pour lui, elles m’ont finalement proposé de rester là, et voilà comment je suis entrée le 2 février 1965.

Im_ChristianeCe qui m’attire dans la vie du carmel, c’est donc de vivre avec Lui cette union qui peut embraser le monde entier – comme me l’a fait comprendre Thérèse. Si je prie avec le Christ, je suis missionnaire, reliée à TOUS, à TOUT l’univers terrestre et céleste. Depuis 47 ans que je suis ici, je vis toujours de cette certitude que la prière a un rayonnement non seulement sur l’humanité mais sur tout le cosmos, sur tout ce que Dieu a créé en ce monde et dans l’au-delà bien sûr ! C’est vraiment mon bonheur, ma joie. Toutes les vocations sont belles. Tous nous pouvons vivre de cette Vérité féconde : un chrétien ne se rend pas souvent compte de tout l’impact de sa prière. Quelle espérance apaisante et joyeuse dans une vie ! Présentement et dans celle à venir.

Je me dis parfois: « Mon Dieu, est-ce que j’aurais été capable de faire face à tout ce que les foyers assument ? » Je crois que Dieu m’a conduite ici parce que j’étais faible, fragile. Les gens croient le contraire, ils nous prennent pour des personnes hors du commun mais ils ne savent pas ce que nous découvrons ici dans la prière : à quel point nous sommes aimés dans notre pauvreté. Dans la prière, nous découvrons toutes les limites de notre être humain mais surtout tous les dons de Son Amour. On ne s’y attend pas ! C’est une expérience extraordinaire : c’est là que nous rejoignons le vrai de l’humanité. C’est comme si Jésus nous disait : « Descend, descend, rejoins moi, Moi j’ai vécu tout cela. J’ai tout donné, pour tout offrir à ceux qui croient. » Nous souhaitons toujours être « au top », alors que Thérèse nous rappelle que plus on est petit, confiant en Lui pour tout, plus Jésus veut nous aimer, nous combler. Combien de fois cette réalité m’a remise en route !

Phrase biblique: Pour ma profession solennelle, j’avais choisi de mettre sur mon image-souvenir  la Prière du Christ : « Que tous soient un » (Jn 17). Lorsque je la prie avec Lui, je suis au cœur du cœur de son Ame. Ce chemin d’unité est un fil conducteur dans ma vie, c’est une passion pour moi. Dans la joie comme dans la souffrance je reviens toujours à cette prière : « pour que tous soient Un dans l’AMOUR ».

Une soeur carmélite

17ème témoignage : Si heureuse d'être carmélite ! 

Je suis née dans une famille très chrétienne, j’avais des parents que je considère comme des saints. Nous étions six enfants, j’étais la seconde, l’aîné est un garçon qui est prêtre maintenant. Etant jeune, je voulais faire comme mes parents : me marier, fonder un foyer chrétien et avoir beaucoup d’enfants, j’aimais les enfants à la folie ! J’en voulais sept, car je pensais que maman aurait pu en avoir encore un !

atherese3A quinze ans, le prêtre de ma paroisse m’a fait lire Histoire d’une âme de Thérèse. Ça a été pour moi le déclic. Avant, la vie religieuse ne m’attirait pas du tout, je ne voulais surtout pas être une « bonne sœur » ! Mais la lecture d’Histoire d’une âme m’a ouvert des horizons, j’ai compris que par la prière, le sacrifice, l’amour surtout, on pouvait atteindre le monde entier et sauver des âmes ; qu’il était possible de vivre un amour non pas cantonné au cercle familial, mais un amour universel. A partir de là, j’ai commencé à me poser la question de la vocation carmélitaine, mais pendant deux ans, ne voulant pas renoncer au mariage, je me suis bagarrée intérieurement avec le Seigneur. J’ai beaucoup, beaucoup, prié pendant ces deux ans et à force de prier j’ai pu dire à Dieu : « Je veux bien être carmélite mais je veux être sûre que c’est bien ta volonté. » Et il m’a donné cette assurance au petit séminaire où nous rendions visite à mon frère : je me revois encore sur mon prie-Dieu pendant la messe, la Sainte Vierge était au-dessus de l’autel et je la priais en lui demandant ce que je devais faire ; et là j’ai eu une lumière intérieure foudroyante, comme un éclair, j’ai compris que le Bon Dieu me voulait au carmel. C’était une certitude absolue, et par la suite je n’ai plus jamais douté de ma vocation.

J’en parlais au prêtre qui m’accompagnait, à mes parents, puis on me présenta au carmel le plus proche de chez moi, j’avais dix-sept ans ! La prieure me demanda d’attendre deux ans et je suis donc restée pendant ce temps-là à la maison à coudre (j’avais fait des études de couture) et à m’occuper de ma famille ; la séparation fut donc par la suite d’autant plus dure, en particulier avec maman avec qui je partageais une grande intimité, humaine et spirituelle. Au moment où je l’ai embrassée pour la dernière fois (à cette époque il y avait encore une double grille qui séparait les carmélites de leurs visiteurs, et on ne pouvait voir ses parents qu’une demi-heure par mois !), j’ai cru mourir.

Im_ThrseMais ce qui m’attirait au carmel, c’était la prière pour le monde entier, et puis la vie fraternelle en communauté. Vivre comme Thérèse : aimer Jésus et le faire aimer. C’est dans la prière, dans mes sœurs, dans le travail que je Le rencontre. Je prie autant à ma machine à coudre qu’à l’oraison ! J’ai  donc vécu ainsi dans ce carmel pendant 32 ans, mais tout ce temps-là, si marquée par Thérèse, je rêvais de celui de Lisieux. Aussi quand mon carmel ferma en 1986 et qu’on me demanda où je voulais aller, j’avouais mon grand désir, et on m’envoya rejoindre le carmel de Lisieux. Pour moi c’était le bonheur, quand je suis entrée pour la première fois dans le cloître je me suis crue au septième ciel ! Ce bonheur n’est plus sensible comme il l’était les premiers jours, mais il est toujours présent, je suis si heureuse ici.

Aujourd’hui je pense beaucoup au Ciel, et je l’attends : au Ciel, je voudrais aider Thérèse à faire du bien sur la terre. Il me semble que j’ai dans le cœur les mêmes désirs qu’elle : faire plaisir à Jésus, tout faire par amour pour sauver des âmes, passer mon Ciel à faire du bien sur la terre ; elle a toujours été mon idéal. Thérèse est ma sainte préférée, c’est ma petite sœur chérie ; pour moi après Jésus et la Sainte Vierge, Thérèse c’est tout ! C’est vraiment elle qui m’a fait découvrir le carmel, ma vocation, où j’ai été pleinement heureuse. Bien sûr il y a eu des années difficiles (il faut bien passer par la purification) mais je ne regrette rien. Aujourd’hui je me sens vraiment libre, libre pour aimer.

La phrase de la bible qui m’habite plus particulièrement est : « Demeurez dans mon amour. » Cette phrase m’habite depuis mon postulat : j’étais en train de faire le ménage du réfectoire et il m’est monté au cœur, très fort, cette parole, qui m’a ensuite suivie toute ma vie religieuse. Je suis ici pour demeurer dans son amour.

Une soeur carmélite

18e témoignage : Je ne me repends pas de m'être livrée à l'amour

Vierge_du_Carmel_du_PaquierLe jour où j’ai eu la grâce de dire « OUI » à Dieu pour toujours en prononçant mes vœux perpétuels, après une période de huit ans de formation (avec des moments de joie profonde, voire d’enthousiasme mais aussi de combat intérieur), j’ai pu rendre grâce au Seigneur pour son amour et sa fidélité.

Je mesurais déjà qu’un tel engagement ne pouvait être fondé sur mes propres forces humaines. La vie religieuse, la vie au carmel, est don de Dieu sans cesse à recevoir, une promesse toujours à réaliser, un combat à livrer chaque jour. Car pour aimer, il faut du temps et de multiples purifications, des morts à soi pour des résurrections nouvelles.

Apprendre à aimer demande toute une vie. Il faut que l’Esprit Saint pénètre toutes les parties où il y a des peurs, des craintes, des défenses, que sais-je encore…


Dans les moments difficiles, ce qui me réconforte le plus, c’est l’oraison du matin quand je me retrouve devant le tabernacle, seule ou avec toutes mes sœurs, alors que la nuit n’est pas encore tout-à-fait finie. Dans cette demi-obscurité du petit matin, « nous nous tenons devant Dieu pour tous », comme le dit notre sœur Edith Stein. Là, j’ai l’impression d’entendre battre le cœur du monde !

mainsJ’ai la conviction que cette vie humble et cachée a une valeur infinie dans la mesure où elle est unie à celle de Celui qui a donné la sienne pour nous. L’appel à suivre le Christ pauvre, chaste et obéissant jusqu’à la mort est un sceau que le Maître de la vie pose sur telle ou telle personne. Encore aujourd’hui, j’ai au fond de mon cœur la certitude que son amour ne me quittera jamais. Et cela reste pour moi un roc sur lequel je construis ma vie jour après jour.

J’ai l’audace de dire comme Thérèse à la fin de sa vie : « Je ne me repends pas de m’être livrée à l’amour ! ». Je crois pouvoir dire qu’être toute à Dieu au service de l’Eglise est une grâce inouïe. MERCI mon Dieu pour tous ceux et celles qui à travers le monde et les siècles se donnent à toi sans réserve.

Pour lire d'autres témoignages de vocation, cliquez ici.