PN 17 VIVRE D'AMOUR !...

1. Au soir d'Amour, parlant sans parabole
Jésus disait : «Si quelqu'un veut m'aimer
Toute sa vie, qu'il garde ma Parole
Mon Père et moi viendrons le visiter.
Et de son coeur faisant notre demeure
Venant à lui, nous l'aimerons toujours!
Rempli de paix, nous voulons qu'il demeure
En notre Amour!...»

2. Vivre d'Amour, c'est te garder Toi-Même
Verbe incréé, Parole de mon Dieu,
Ah ! tu le sais, Divin Jésus, je t'aime
L'Esprit d'Amour m'embrase de son feu
C'est en t'aimant que j'attire le Père
Mon faible coeur le garde sans retour.
O Trinité ! vous êtes Prisonnière
De mon Amour !.....

3. Vivre d'Amour, c'est vivre de ta vie,
Roi glorieux, délice des élus.
Tu vis pour moi, caché dans une hostie
Je veux pour toi me cacher, ô Jésus !
A des amants, il faut la solitude
Un coeur à coeur qui dure nuit et jour
Ton seul regard fait ma béatitude
Je vis d'Amour !...

4. Vivre d'Amour, ce n'est pas sur la terre
Fixer sa tente au sommet du Thabor.
Avec Jésus, c'est gravir le Calvaire,
C'est regarder la Croix comme un trésor !...
Au Ciel je dois vivre de jouissance
Alors l'épreuve aura fui pour toujours
Mais exilée je veux dans la souffrance
Vivre d'Amour.

5. Vivre d'Amour, c'est donner sans mesure
Sans réclamer de salaire ici-bas
Ah ! sans compter je donne étant bien sûre
Que lorsqu'on aime, on ne calcule pas !...
Au Coeur Divin, débordant de tendresse
J'ai tout donné.... légèrement je cours
Je n'ai plus rien que ma seule richesse
Vivre d'Amour.

6. Vivre d'Amour, c'est bannir toute crainte
Tout souvenir des fautes du passé.
De mes péchés je ne vois nulle empreinte,
En un instant l'amour a tout brûlé.....
Flamme divine, ô très douce Fournaise !
En ton foyer je fixe mon séjour
C'est en tes feux que je chante à mon aise :
«Je vis d'Amour!...»

7. Vivre d'Amour, c'est garder en soi-même
Un grand trésor en un vase mortel
Mon Bien-Aimé, ma faiblesse est extrême
Ah je suis loin d'être un ange du ciel !...
Mais si je tombe à chaque heure qui passe
Me relevant tu viens à mon secours,
A chaque instant tu me donnes ta grâce
Je vis d'Amour.

8. Vivre d'Amour, c'est naviguer sans cesse
Semant la paix, la joie dans tous les coeurs
Pilote Aimé, la Charité me presse
Car je te vois dans les âmes mes soeurs
La Charité voilà ma seule étoile
A sa clarté je vogue sans détour
J'ai ma devise écrite sur ma voile :
«Vivre d'Amour.»

9. Vivre d'Amour, lorsque Jésus sommeille
C'est le repos sur les flots orageux
Oh ! ne crains pas, Seigneur, que je t'éveille
J'attends en paix le rivage des cieux....
La Foi bientôt déchirera son voile
Mon Espérance est de te voir un jour
La Charité enfle et pousse ma voile
Je vis d'Amour !...

10. Vivre d'Amour, c'est, ô mon Divin Maître
Te supplier de répandre tes Feux
En l'âme sainte et sacrée de ton Prêtre
Qu'il soit plus pur qu'un séraphin des cieux !...
Ah ! glorifie ton Eglise Immortelle
A mes soupirs, Jésus, ne sois pas sourd
Moi son enfant, je m'immole pour elle
Je vis d'Amour.

11. Vivre d'Amour, c'est essuyer ta Face
C'est obtenir des pécheurs le pardon
O Dieu d'Amour ! qu'ils rentrent dans ta grâce
Et qu'à jamais ils bénissent ton Nom.....
Jusqu'à mon coeur retentit le blasphème
Pour l'effacer, je veux chanter toujours :
«Ton Nom Sacré, je l'adore et je l'Aime
Je vis d'Amour !... »

12. Vivre d'Amour, c'est imiter Marie,
Baignant de pleurs, de parfums précieux,
Tes pieds divins, qu'elle baise ravie
Les essuyant avec ses longs cheveux...
Puis se levant, elle brise le vase
Ton Doux Visage elle embaume à son tour.
Moi, le parfum dont j'embaume ta Face
C'est mon Amour !....

13. «Vivre d'Amour, quelle étrange folie!»
Me dit le monde, «Ah! cessez de chanter,
Ne perdez pas vos parfums, votre vie,
Utilement sachez les employer!...»
T'aimer, Jésus, quelle perte féconde !...
Tous mes parfums sont à toi sans retour,
Je veux chanter en sortant de ce monde :
«Je meurs d'Amour!»

14. Mourir d'Amour, c'est un bien doux martyre
Et c'est celui que je voudrais souffrir,
O Chérubins ! accordez votre lyre,
Car je le sens, mon exil va finir !....
Flamme d'Amour, consume-moi sans trêve
Vie d'un instant, ton fardeau m'est bien lourd !
Divin Jésus, réalise mon rêve :
Mourir d'Amour !...

15. Mourir d'amour, voilà mon espérance
Quand je verrai se briser mes liens
Mon Dieu sera ma Grande Récompense
Je ne veux point posséder d'autres biens.
De son Amour je veux être embrasée
Je veux Le voir, m'unir à Lui toujours
Voilà mon Ciel.... voilà ma destinée :
Vivre d'Amour !!!...

LT 226 Au P. Roulland
J.M.J.T.
Carmel de Lisieux 9 mai 1897

Mon Frère,

J'ai reçu avec joie ou plutôt avec émotion les reliques que vous avez bien voulu m'envoyer, votre lettre est presque une lettre d'au revoir pour le Ciel, il me semblait en la lisant entendre le récit des épreuves de vos ancêtres dans l'apostolat.
Sur cette terre où tout change, une seule chose reste stable, c'est la conduite du Roi des cieux à l'égard de ses amis ; depuis qu'Il a levé l'étendard de la Croix, c'est à son ombre que tous doivent combattre et remporter la victoire : «Toute vie de Missionnaire est féconde en Croix» disait Th. Vénard, et encore : «Le vrai bonheur est de souffrir. Et pour vivre il nous faut mourir.»
Mon Frère, les débuts de votre apostolat sont marqués du sceau de la croix, le Seigneur vous traite en privilégié ; c'est bien plus par la persécution et par la souffrance que par de brillantes prédications qu'Il veut affermir son règne dans les âmes. Vous dites : «Je suis encore un petit enfant qui ne sait pas parler.» Le P. Mazel qui fut ordonné prêtre le même jour que vous, ne savait pas parler non plus, cependant il a déjà cueilli la palme... Oh ! que les pensées divines sont au-dessus des nôtres !... En apprenant la mort de ce jeune missionnaire que j'entendais nommer pour la première fois, je me suis sentie portée à l'invoquer, il me semblait le voir au Ciel dans le glorieux choeur des Martyrs. Je le sais, aux yeux des hommes son martyre ne porte pas ce nom, mais au regard du bon Dieu ce sacrifice sans gloire n'est pas moins fécond que ceux des premiers chrétiens qui confessèrent leur foi devant les tribunaux. La persécution a changé de forme, les apôtres du Christ n'ont pas changé de sentiments, aussi leur Divin Maître ne saurait changer ses récompenses à moins que ce ne soit pour les augmenter en comparaison de la gloire qui leur est refusée ici-bas.
Je ne comprends pas, mon frère, que vous paraissiez douter de votre entrée immédiate au Ciel si les infidèles vous ôtaient la vie. Je sais qu'il faut être bien pur pour paraître devant le Dieu de toute Sainteté, mais je sais aussi que le Seigneur est infiniment Juste et c'est cette justice qui effraye tant d'âmes qui fait le sujet de ma joie et de ma confiance. Etre juste, ce n'est pas seulement exercer la sévérité pour punir les coupables, c'est encore reconnaître les intentions droites et récompenser la vertu. J'espère autant de la justice du Bon Dieu que de sa miséricorde. C'est parce qu'Il est juste qu'«Il est compatissant et rempli de douceur, lent à punir et rempli de miséricorde. Car Il connaît notre fragilité, Il se souvient que nous ne sommes que poussière. Comme un père a de la tendresse pour ses enfants, ainsi le Seigneur a compassion de nous»... O mon Frère, en entendant ces belles et consolantes paroles du Prophète-Roi, comment douter que le Bon Dieu ne puisse ouvrir les portes de son royaume à ses enfants qui l'ont aimé jusqu'à tout sacrifier pour Lui, qui non seulement ont quitté leur famille et leur patrie pour le faire connaître et aimer, mais encore désirent donner leur vie pour Celui qu'ils aiment... Jésus avait bien raison de dire qu'il n'y a pas de plus grand amour que celui-là !
Comment donc se laisserait-Il vaincre en générosité ? Comment purifierait-Il dans les flammes du purgatoire des âmes consumées des feux de l'amour divin ? Il est vrai que nulle vie humaine n'est exempte de fautes, seule la Vierge Immaculée se présente absolument pure devant la Majesté Divine. Quelle joie de penser que cette Vierge est notre mère ! Puisqu'elle nous aime et qu'elle connaît notre faiblesse, qu'avons-nous à craindre ? Voici bien des phrases pour exprimer ma pensée ou plutôt pour ne pas arriver à le faire, je voulais simplement dire qu'il me semble que tous les missionnaires sont martyrs par le désir et la volonté, et que par conséquent pas un ne devrait aller en purgatoire. S'il reste dans leur âme au moment de paraître devant Dieu quelque trace de la faiblesse humaine, la Ste Vierge leur obtient la grâce de faire un acte d'amour parfait et puis leur donne la palme et la couronne qu'ils ont si bien méritées.
Voilà, mon Frère, ce que je pense de la justice du bon Dieu, ma voie est toute de confiance et d'amour, je ne comprends pas les âmes qui ont peur d'un si tendre Ami. Parfois lorsque je lis certains traités spirituels où le perfection est montrée à travers mille entraves, environnée d'une foule d'illusions, mon pauvre esprit se fatigue bien vite, je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le coeur et je prends l'Ecriture Sainte. Alors tout me semble lumineux, une seule parole découvre à mon âme des horizons infinis, la perfection me semble facile, je vois qu'il suffit de reconnaître son néant et de s'abandonner comme un enfant dans les bras du Bon Dieu. Laissant aux grandes âmes, aux grands esprits les beaux livres que je ne puis comprendre, encore moins mettre en pratique, je me réjouis d'être petite puisque les enfants seuls et ceux qui leur ressemblent seront admis au banquet céleste. Je suis bien heureuse qu'il y ait plusieurs demeures dans le royaume de Dieu, car s'il n'y avait que celle dont la description et le chemin me semblent incompréhensibles, je ne pourrais y entrer. Je voudrais bien cependant ne pas être trop éloignée de votre demeure ; en considération de vos mérites, j'espère que le bon Dieu me fera la grâce de participer à votre gloire, de même que sur la terre la soeur d'un conquérant, serait-elle dépourvue des dons de la nature, participe malgré sa pauvreté aux honneurs rendus à son frère.
Le premier acte de votre ministère en Chine m'a semblé ravissant. La petite âme dont vous avez béni la dépouille mortelle devait en effet vous sourire et vous promettre sa protection ainsi qu'aux vôtres. Combien je vous remercie de me compter parmi eux ! Je suis aussi profondément touchée et reconnaissante du souvenir que vous avez à la Sainte messe pour mes parents chéris. J'espère qu'ils sont maintenant en possession du Ciel vers lequel tendaient toutes leurs actions et leurs désirs ; cela ne m'empêche pas de prier pour eux, car il me semble que les âmes bienheureuses reçoivent une grande gloire des prières qui sont faites à leur intention et dont elles peuvent disposer pour d'autres âmes souffrantes.
Si, comme je le crois, mon père et ma mère sont au Ciel, ils doivent regarder et bénir le frère que Jésus m'a donné. Ils avaient tant désiré un fils missionnaire !... On m'a raconté qu'avant ma naissance, mes parents espéraient que leur voeu allait enfin se réaliser. S'ils avaient pu pénétrer le voile de l'avenir, ils auraient vu que c'était en effet par moi que leur désir serait accompli ; puisqu'un missionnaire est devenu mon frère, il est aussi leur fils, et dans leurs prières ils ne peuvent séparer le frère de son indigne soeur.
Vous priez, mon Frère, pour mes parents qui sont au ciel, moi je prie souvent pour les vôtres qui sont encore sur la terre, c'est pour moi une bien douce obligation et je vous promets d'être toujours fidèle à la remplir, même si je quitte l'exil et plus encore peut-être puisque je connaîtrai mieux les grâces qui leur seront nécessaires ; et puis, lorsque leur course ici-bas sera finie, je viendrai les chercher en votre nom et les introduirai au Ciel. Qu'elle sera douce la vie de famille dont nous jouirons pendant toute l'éternité !
En attendant cette bienheureuse éternité, qui dans peu de temps s'ouvrira pour nous, puisque la vie n'est qu'un jour, travaillons ensemble au salut des âmes ; moi je puis faire bien peu de choses, ou plutôt absolument rien si j'étais seule, ce qui me console c'est de penser qu'à vos côtés je puis servir à quelque chose ; en effet le zéro par lui-même n'a pas de valeur, mais placé près de l'unité il devient puissant, pourvu toutefois qu'il se mette du bon côté, après et non pas avant !... C'est bien là que Jésus m'a placée et j'espère y rester toujours, en vous suivant de loin, par la prière et le sacrifice.
Si j'écoutais mon coeur je ne terminerais pas ma lettre aujourd'hui mais la fin du silence va sonner, il faut que je porte ma lettre à notre bonne Mère qui l'attend.
Je vous prie donc, mon Frère, de bien vouloir envoyer votre bénédiction au petit zéro que le Bon Dieu a placé près de vous.

Sr Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face
rel.carm.ind.

Ce sont des textes de circonstances (fêtes) ou bien composés à la demande d'une soeur, ou enfin jaillis de son coeur. Les poésies de Thérèse expriment surtout l'amour qu'elle porte à Jésus, dans toute la tendresse de son coeur de femme. Elles nous parlent de l'évolution intérieure de Thérèse : son épanouissement mais aussi ses combats et ses obscurités.

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VIVRE D'AMOUR !... (extrait)

Vivre d'Amour, c'est te garder Toi-Même
Verbe incréé, Parole de mon Dieu,
Ah ! tu le sais, Divin Jésus, je t'aime
L'Esprit d'Amour m'embrase de son feu
C'est en t'aimant que j'attire le Père
Mon faible coeur le garde sans retour.
O Trinité ! vous êtes Prisonnière
··· De mon Amour !.....

Vivre d'Amour, c'est vivre de ta vie,
Roi glorieux, délice des élus.
Tu vis pour moi, caché dans une hostie
Je veux pour toi me cacher, ô Jésus !
A des amants, il faut la solitude
Un coeur à coeur qui dure nuit et jour
Ton seul regard fait ma béatitude
··· Je vis d'Amour !...
Vivre_damour_manuscrit

              + Texte complet de la poésie

Les poésies de Thérèse étaient composées pour être non lues mais chantées, sur des airs célèbres de l'époque. Elles ont été depuis remises en musique par de nombreux artistes de tous styles. En voici un exemple :

                          

Ecritoire sainte Thérèse



La correspondance de Thérèse comprend les 266 lettres et billets écrits de 1877 à 1897 qui ont été retrouvés.

Thérèse est entrée au Carmel à 15 ans, son univers relationnel est donc essentiellement familial ou carmélitain (particulièrement les novices qu'elle accompagne). Quelques prêtres font partie de la douzaine de correspondants autres, en particulier les Pères Bellière et Roulland, deux missionnaires confiés à Thérèse par sa prieure.

L'usage du téléphone est encore très peu répandu à l'époque de Thérèse, le courrier constitue donc pour tous le moyen essentiel de communication.

Rappelons également que le courrier, au Carmel, est lu à l'entrée et à la sortie du monastère par la prieure. Cela était vrai également dans les familles. Il ne semble pas que cela ait limité Thérèse dans sa liberté d'expression, tant elle se situait en vérité face à Dieu et aux hommes.

" Précieux trésor que ces lettres, complément de son histoire !!!" écrivait l'abbé Bellière le 24 novembre 1898 après sa lecture d'Histoire d'un âme. Ces lettres éclairent les Manuscrits autobiographiques d'une autre lumière et proposent des voies d'entrées plus personnelles dans la petite voie de Thérèse.

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Adolphe_RoullandLT 226 au P. Roulland (extrait)

J.M.J.T.

Carmel de Lisieux 9 mai 1897

Mon Frère,

J'ai reçu avec joie ou plutôt avec émotion les reliques que vous avez bien voulu m'envoyer, votre lettre est presque une lettre d'au revoir pour le Ciel, il me semblait en la lisant entendre le récit des épreuves de vos ancêtres dans l'apostolat.
Sur cette terre où tout change, une seule chose reste stable, c'est la conduite du Roi des cieux à l'égard de ses amis·; depuis qu'Il a levé l'étendard de la Croix, c'est à son ombre que tous doivent combattre et remporter la victoire·: «Toute vie de Missionnaire est féconde en Croix» disait Th.·Vénard, et encore·: «Le vrai bonheur est de souffrir. Et pour vivre il nous faut mourir.»

Mon Frère, les débuts de votre apostolat sont marqués du sceau de la croix, le Seigneur vous traite en privilégié·; c'est bien plus par la persécution et par la souffrance que par de brillantes prédications qu'Il veut affermir son règne dans les âmes. ·Vous dites·: «Je suis encore un petit enfant qui ne sait pas parler.» Le P. Mazel qui fut ordonné prêtre le même jour que vous, ne savait pas parler non plus, cependant il a déjà cueilli la palme... Oh·! que les pensées divines sont au-dessus des nôtres·!... En apprenant la mort de ce jeune missionnaire que j'entendais nommer pour la première fois, je me suis sentie portée à l'invoquer, il me semblait le voir au Ciel dans le glorieux choeur des Martyrs. Je le sais, aux yeux des hommes son martyre ne porte pas ce nom, mais au regard du bon Dieu ce sacrifice sans gloire n'est pas moins fécond que ceux des premiers chrétiens qui confessèrent leur foi devant les tribunaux. La persécution a changé de forme, les apôtres du Christ n'ont pas changé de sentiments, aussi leur Divin Maître ne saurait changer ses récompenses à moins que ce ne soit pour les augmenter en comparaison de la gloire qui leur est refusée ici-bas.

+ Lire la suite de la lettre.....


Mi-1897, la maladie s'aggravant, les deux soeurs des Thérèse, Mère Agnès (Pauline) et soeur Geneviève (Céline) font office de garde-malade et d'infirmière. Toutes deux vont noter les paroles de Thérèse. Toutes deux, ayant le sentiment qu'il ne faut pas les laisser se perdre, notent les paroles de Thérèse.

Ce texte permet de suivre Thérèse dans sa dernière étape : sa grande souffrance, sa spontanéïté, sa gaieté, son humour inséparable d'un solide bon sens et d'une très grande profondeur, sa grande liberté et son abandon total, dans la confiance et l'amour, culminant dans cette ultime parole : "Mon Dieu... je vous aime !"

Mère Agnès recopiera l'ensemble des ces paroles qui deviendra les Derniers entretiens.
Therese dans les dernieres semaines

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Extraits

7 avril
Je lui demandais de quelle manière je mourrais, lui laissant voir mes appréhensions. Elle me répondit avec un sourire plein de tendresse :
«Le bon Dieu vous pompera comme une petite goutte de rosée...»

18 avril
Elle venait de me confier quelques humiliations bien pénibles qui lui avaient été données par des soeurs.
«Le bon Dieu me donne ainsi tous les moyens de rester bien petite; mais c’est cela qu’il faut; je suis toujours contente; je m’arrange, même au milieu de la tempête, de façon à me conserver bien en paix au dedans. Si l’on me raconte des combats contre les soeurs, je tâche de ne pas m’animer à mon tour contre celle-ci ou celle-là. Il faut, par exemple, que, tout en écoutant, je puisse regarder par la fenêtre et jouir intérieurement de la vue du Ciel, des arbres... Comprenez-vous ? Tout à l’heure, pendant ma lutte à propos de Sr X. je regardais avec plaisir les belles pies s’ébattre dans le pré, et j’étais aussi en paix qu’à l’oraison... J’ai bien combattu avec... je suis bien fatiguée ! mais je ne crains pas la guerre. C’est la volonté du bon Dieu que je lutte jusqu’à la mort. Oh ! ma petite Mère, priez pour moi !"

"... Moi quand je prie pour vous, je ne dis pas de Pater ni d’Ave, je dis simplement avec un élan du coeur : «O mon Dieu, comblez ma petite Mère de toutes sortes de biens, aimez-la davantage, si vous le pouvez."




Thérèse écrit :

"Pour moi la prière, c'est un élan du coeur,
c'est un simple regard jeté vers le Ciel,
c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'épreuve
comme au sein de la joie..." (Ms C 25 r°)

Thérèse a laissé 21 prières écrites
(sans compter celles parsémées dans ses autres écrits).

therese_aux_mains_jointes

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BILLET DE PROFESSION - 8 septembre 1890

O Jésus, mon divin époux ! que jamais je ne perde la seconde robe de mon Baptême, prends-moi avant que [je] fasse la plus légère faute volontaire. Que je ne cherche et ne trouve jamais que toi seul, que les créatures ne soient rien pour moi et que je ne sois rien pour elles mais toi Jésus sois tout !... Que les choses de la terre ne puissent jamais troubler mon âme que rien ne trouble ma paix, Jésus je ne te demande que la paix, et aussi l'amour, l'amour infini sans limite autre que toi, l'amour qui ne soit plus moi mais toi mon Jésus. Jésus que pour toi je meure martyre, le martyre du coeur ou du corps, ou plutôt tous les deux..... Donne-moi de remplir mes voeux dans toute leur perfection et fais-moi comprendre ce que doit être une épouse à toi. Fais que je ne sois jamais à charge à la communauté mais que personne ne s'occupe de moi, que je sois regardée foulée aux pieds oubliée comme un petit grain de sable à toi, Jésus.
Que ta volonté soit faite en moi parfaitement, que j'arrive à la place que tu as été devant me préparer......
Jésus fais que je sauve beaucoup d'âmes, qu'aujourd'hui il n'y en ait pas une seule de damnée et que toutes les âmes du purgatoire soient sauvées.... Jésus pardonne-moi si je dis des choses qu'il ne faut pas dire, je ne veux que te réjouir et te consoler.

Billet_profession de Therese

Les rencontres fraternelles, "récréations", sont des temps importants de la vie carmélitaine. Elles équilibrent la vie de prière continuelle vécue dans le silence et la solitude. Les fêtes sont particulièrement mises en valeur. Elles sont occasion de création de sketches, pièces de théâtre, souvent costumés et mis en musique.

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Thérèse a écrit plusieurs pièces de théâtres, "récréations pieuses", sur des thèmes spirituels à l'occasion de la fête de la prieure ou autour de la fête de Noël :


···· La Mission de Jeanne d'Arc
···· Les anges à la crèche
···· Jeanne d'Arc accomplissant sa mission
···· Jésus à Béthanie
···· Le divin petit mendiant de Noël
···· La fuite en Egypte
···· Le triomphe de l'humilité
···· Saint Stanislas Kostka

Ces pièces de théâtre sont l'occasion pour Thérèse de rappeler à ses soeurs l'essentiel de la vie carmélitaine : l'amour de Jésus, la charité fraternelle, l'humilité, la prière pour les pécheurs et pour les prêtres.

Elle en était le plus souvent l'auteur, le metteur en scène et l'interprète principale, ayant un véritable don pour la comédie. Pour l'anecdote, Thérèse poussa l'identification à Jeanne d'Arc jusqu'à manquer de brûler vive par accident lors de la représentation de la scène du bûcher. "Elle resta calme et immobile au mileu du danger, faisant à Dieu le sacrifice de sa vie, comme elle l'a dit ensuite", témoigne une de ses soeurs.

Thrse_et_Cline_dguises


La Mission de Jeanne d'Arc (extrait)

 
 [Scène 8-9]

JEANNE, avec une expression de bonheur indicible.

Oh ! que je suis heureuse !... Maintenant la mort ne m'effraie plus, je la désire comme l'aurore de mon bonheur éternel. Sainte Martyre, ce soir, je serai votre soeur, je pourrai suivre avec vous l'Agneau Divin et chanter le cantique qu'il n'est permis qu'aux vierges de redire !...

SAINTE CATHERINE, se levant.

A bientôt, ma Soeur chérie, dans quelques instants tu quitteras ce lieu d'exil. Comme la colombe sortie de l'arche et ne trouvant pas où se reposer sur la terre, tu vas voler vers l'arche Sainte et les portes du Ciel vont s'ouvrir pour te laisser entrer !...

JEANNE

O Douce Vierge ! n'oubliez pas votre promesse, venez à moi, soutenez mon courage pendant le martyre que je vais souffrir.

SAINTE CATHERINE

Oui, je vais t'accompagner et chanter la beauté du Ciel qui va s'ouvrir à tes yeux !... Je vais chanter la palme et les couronnes immortelles que les anges des Cieux s'apprêtent à te donner. (Elle dépose un baiser sur le front de Jeanne et disparaît).

JEANNE   seule, chante ce couplet
sur l'air : «Pourquoi m'avoir livré», etc.

Seigneur, pour votre amour, j'accepte le martyre
Je ne redoute plus ni la mort ni le feu
C'est vers vous, ô Jésus ! que mon âme soupire
Je n'ai plus qu'un désir, c'est vous [voir] ô mon Dieu.
Je veux prendre ma croix, doux Sauveur, et vous suivre
Mourir pour votre amour, je ne veux rien de plus
Je désire mourir pour commencer à vivre
Je désire mourir pour m'unir à Jésus. (bis)

Therese en Jeanne d Arc

Therese_en_jeanne_d_arc_enchainee

"J'ai relu  la pièce de Jeanne d'Arc que j'ai composée. Vous verrez-là mes sentiments sur la mort ; ils sont tous exprimés."

                       Thérèse


 

Ecritoire sainte therese

 

 

 

 

 

A la mort de Thérèse, sœur Agnès rassemble quelques écrits de Thérèse
dans un recueil qu’elle appelle Histoire d’une âme.
Ce recueil comprend trois manuscrits autobiographiques
(qu’on dénommera plus tard manuscrits A, B et C), dont voici l'histoire...
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MANUSCRIT A


ChauffoirEn 1895, Thérèse raconte quelques souvenirs d’enfance à ses sœurs réunies près de la cheminée du chauffoir. Sa soeur Marie, enthousiaste, exprime alors le désir que ses souvenirs soient réunis par écrit, ce que fait effectivement Thérèse à la demande de sa soeur Pauline, sr Agnès, alors prieure.

Thérèsee rédige un petit cahier noir de 85 feuilles recto verso, relatant non pas les souvenirs familiaux que sa sœur avait suggérés,mais les « miséricordes du Seigneur » pour elle-même, cahier qu’elle remet à Sr Agnès pour sa fête le 20 janvier 1895.

Le manuscrit A est une longue action de grâce de Thérèse pour son enfance et sa jeunesse, en famille et au carmel. Elle le termine alors qu'elle entre dans sa pleine maturité spirituelle.

Extrait (incipit du Ms A)

J.M.J.T·· ·Janvier 1895·· ·· ·
Jésus ·· ·


"Histoire printanière
d'une petite fleur blanche
écrite par elle-même et dédiée
à la Révérende mère Agnès de Jésus·· ·

C'est à vous, ma Mère chérie, à vous qui êtes deux fois ma Mère, que je viens confier l'histoire de mon âme ... Le jour où vous m'avez demandé de le faire, il me semblait que cela dissiperait mon coeur en l'occupant de lui-même, mais depuis Jésus m'a fait sentir qu'en obéissant simplement je lui serais agréable·; d'ailleurs je ne vais faire qu'une seule chose·: Commencer à chanter ce que je dois redire éternellement ·«Les Miséricordes du Seigneur!!!»..."

MANUSCRIT B

thumb_Ecritoire_sainte_Thrse_rogne

Septembre 1896 : Marie, soeur et marraine de Thérèse, en religion Soeur Marie du Sacré Coeur, a lu le manuscrit A écrit par sa soeur. Elle sait que sa soeur va bientôt mourir. A son tour, elle souhaite disposer de quelques souvenirs de sa soeur " pour avoir quelque chose de vous, de vous qui êtes tout près du bon Dieu, de vous qui êtes sa petite épouse privilégiée à qui il confie tous ses secrets". La réponse de Thérèse (LT 196) constitue le Manuscrit B, un chef-d'oeuvre de la spiritualité thérésienne.

Extrait

"Je compris que si l'Eglise avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l'Eglise avait un Coeur, et que ce Coeur était brûlant d'amour. Je compris que l'Amour seul faisait agir les membres de l'Eglise, que si l'Amour venait à s'éteindre, les Apôtres n'annonceraient plus l'Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang.. Je compris que l'amour renfermait toutes les vocations, que l'amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux... en un mot, qu'il est éternel!...

Alors dans l'excès de ma joie délirante, je me suis écriée : O Jésus, mon Amour... ma vocation, enfin je l'ai trouvée, ma vocation, c'est l'amour ...

Oui j'ai trouvé ma place dans l'Eglise et cette place, ô mon Dieu, c'est vous qui me l'avez donnée... dans le Coeur de l'Eglise, ma Mère, je serai l'Amour... ainsi je serai tout... ainsi mon rêve sera réalisé·!!!..."

 

MANUSCRIT CMs_C_25_r

Avril 1897 : Thérèse entre dans la phase finale de sa maladie. A la suggestion de Mère Agnès de Jésus, sa soeur Pauline, et à la demande de sa prieure, Thérèse achève de raconter les souvenirs de sa vie de carmélite. On surnomme ce texte extraordinaire "le manuscrit de la charité".

Extrait

"Vous le savez, ma Mère, j'ai toujours désiré d'être une sainte, mais hélas ! j'ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu'il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé aux pieds des passants ; au lieu de me décourager, je me suis dit : Le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c'est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections ; mais je veux chercher le moyen d'aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d'inventions, maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un
escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j'ai recherché dans les livres saints l'indication de l'ascenseur, objet de mon désir et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Éternelle : Si quelqu'un est TOUT PETIT, qu'il vienne à moi. Alors je suis venue, devinant que j'avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu ! ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel, j'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé : - Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ! Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes."